Le portail d'information sur les sourds et langue des signes
<> <>
Hauts de Seine Habitat

Les Trois Soeurs

Comédie dramatique de d’Anton Tchekhov d’Anton Tchekhov mise en scène de Timofeï Kouliabine, avec avec Ilia Mouzyko, Anton Voïnalovitch, Klavdia Katchoussova, Valeria Kroutchinina, Irina Krivonos, Daria Iemelianova, Linda Akhmetzianova, Denis Frank, Alexeï Mejov, Pavel Poliakov, Konstantin Télégine, Andreï Tchernykh, Sergeï Bogomolov, Sergeï Novikov et Ielena Drinevskaïa.

Comment faire du neuf, et, surtout, original”, avec du vieux, telle est la lancinante obsession de certains metteurs en scène quand ils envisagent de monter une pièce du répertoire.

Formé à Académie russe des arts du théâtre de Moscou et metteur en scène associé au théâtre de Novossibirsk, Timofeï Kouliabine, représentant de la jeune garde russe, qui a choisi une partition qu’il qualifie de “fatiguée”, celle de “Les Trois soeurs” de Anton Tchekhov, a trouvé la solution pour, indique-t-il dans sa note d’intention, lui faire “retrouver sa pureté” en la transposant dans un univers de personnes sourdes et la dispenser dans la langue des signes.

Selon lui, ne pas entendre la voix des interprètes donnerait au spectateur, qui lit les dialogues en surtitrage, “l’impression de lire ce texte pour la première fois de sa vie”, ce qui, pour le moins, pose la question de la nécessité de la représentation théâtrale d’autant qu’elle ne ressort pas à la pantomime.

Affectant donc tous les personnages, hors le portier, au demeurant sourd dans la pièce originale, mais également ceux de l’extérieur, ce parti-pris formel qui donne surtout l’impression d’être immergé dans un monde composé exclusivement de sourds mais qui n’est cependant pas un monde de silence mais un monde extrêmement bruyant.

Car si le son des voix a disparu, ce n’est pas le cas des bruits résultant des mouvements et du comportement des personnages, les bruits de la vie mais amplifiés car Timofeï Kouliabine n’a pas lésiné sur les raclements de chaussures sur sol parqueté, la vaisselle manipulée de manière très sonore, le clip-vidéo diffusé au volume maximal et autres nuisances sonores qui ne sont pas perçues de la même façon par les déficients auditifs.

Dès lors, le spectateur entendant est confronté à un exercice difficile, voire laborieux, surtout sur la durée, plus de quatre heures de spectacle avec trois brefs entractes, qui consiste à s’abstraire de ce parasitage bruitiste pour lire les surtitres tout en prêtant une attention nécessairement décuplée sur le jeu des acteurs qui doivent reproduire la contrainte imposée pour la compréhension de la langue signée dont la compréhension passe par le regard.

De plus, Timofeï Kouliabine a procédé à une déstructuration dramatique de l’opus original en ajoutant de facto des scènes surnuméraires et superposées résultant de la présence quasi continue des personnages sur un plateau transformé en plan de sol de l’appartement des trois soeurs qui ajoute au décontenancement suscité par sa proposition.

Dans un décor dans “son jus” fin de siècle conçu par Oleg Golovko, la pièce contemporanéisée, avec toutefois un mix anachronique au niveau des costumes, et dispensée par des comédiens émérites qui ont du apprendre à “signer” et à se conformer à des codes de jeu inhabituels, donne lieu à de belles fulgurances.

Et les trois soeurs Olga (Irina Krivonos), Macha (Daria Iemelianova) et Irina (Linda Akhmetzianova) sont toujours aussi démunies face à à la marche du temps et à la “quatrième”, soeur par alliance intestine (Klavdia Katchoussiva).

Source https://www.froggydelight.com - Octobre 2017
Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.