La main des sourds

Tournai: l’Association des Sourds et Malentendants réclame plus de subsides et la présence d’un interprète

C’est un métier en pénurie. Ils ne sont qu’une dizaine en Fédération Wallonie-Bruxelles pour quelque 60 000 sourds profonds en Belgique. On parle ici des interprètes en langue des signes. Alfred Fiévet est sourd, c’est le président de l’Association tournaisienne, ” apprendre la langue des signes prend 7 ans et le Master qui conduit au diplôme ne se fait qu’à Bruxelles, on manque d’écoles pour cette langue à part entière qui est assez complexe à apprivoiser. Comme ces études sont longues, les personnes qui s’inscrivent abandonnent en cours de route et on se retrouve aujourd’hui avec un manque terrible d’interprètes”.

Pas assez de subsides
Cela fait plus de 10 ans que l’association réclame la présence d’un interprète en son sein. L’association qui tourne avec 3 équivalents temps plein et des bénévoles. Elle reçoit 15 000 euros de la Région Wallonne et …700 euros de la Ville de Tournai. Avoir un interprète sur place faciliterait son travail comme nous l’explique Sabrina Carlier, l’assistante sociale : ” je me débrouille en langue des signes mais pour des termes techniques, médicaux, juridiques, c’est beaucoup plus délicat. Vous ne pouvez pas vous permettre de vous tromper dans la traduction et cela pose de vrais problèmes quand nous devons répondre aux demandes des personnes sourdes qui se présentent chez nous. La langue des signes, c’est une langue maternelle et ce n’est pas la mienne, un interprète est vraiment nécessaire”.

“Ce n’est pas notre métier”
Françoise est une des animatrices, elle adore ce qu’elle fait mais elle avoue aussi, ” traduire en signes est fatigant, ce n’est pas mon vrai métier, je dois chercher les gestes plus longtemps qu’un interprète et c’est vrai qu’on sollicite les mains, les yeux, il y a aussi la réflexion. Au bout d’une bonne heure, j’ai besoin de souffler et je dois absolument faire une pause “. Gérald est sourd, c’est l’infographiste et l’illustrateur de l’Association qui multiplie les initiatives pour récolter des fonds notamment mais aussi sensibiliser à la langue des signes. Lui-aussi aurait parfois besoin de la présence d’un interprète. ” Au quotidien ” nous explique-t-il, “je suis plutôt débrouillard, donc ça va, avec les amis, ça passe par des mimes ou par l’écrit parfois. Mais un jour j’ai eu un accident de voiture avec une personne entendante et pour tout ce qui était assurance et papiers, un interprète m’aurait bien aidé “. Et des situations telles que celle-là, les personne sourdes et malentendantes en vivent tous les jours. Elles se sentent parfois un peu délaissées comme personne handicapée car ” notre handicap ne se voit pas ” nous confie le président, ” vous êtes à côté d’une personne sourde et vous ne vous en apercevez pas “.

un service d’interprétation des signes …à distance

Un Relais-Signes
Pour combler (un peu) le manque d’interprètes, un service Relais-Signes a été mis en place en Wallonie et à Bruxelles. Le principe est simple : un interprète assure une permanence dans un local et la personne sourde peut faire appel à lui par écran interposé, par skype. Une interprétation à distance des signes. Il s’agit de répondre à des demandes privées ou professionnelles comme un entretien téléphonique avec un employeur, une commande, une prise de rendez-vous médical. Ce service est accessible à partir d’un smartphone, d’une tablette ou encore d’un ordinateur avec webcam. Toutes les infos sur www.relais-signes.be.

Source https://www.rtbf.be - 9 Octobre 2017

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