Les parents de Lhasa, enfant née sourde, scolarisée à Blois, expriment le souhait que leur fille puisse apprendre la langue des signes française.

 Lhasa ? Il t’a dit au revoir ! En paroles et en signes, une maman s’adresse à sa fille, qui s’élance aussitôt pour saluer, à son tour, le camarade qui vient de passer à côté d’elle, à la sortie de l’école. Une semaine plus tôt, Lhasa a effectué sa première rentrée en élémentaire, au sein de l’école blésoise Raphaël-Périé. Née sourde, elle a intégré l’Unité localisée pour l’inclusion scolaire (Ulis) dédiée aux troubles de la fonction auditive de l’établissement – la seule existant dans le département.

Son père, François Thiollet, et sa mère, Marie Robin, présents ce lundi devant les grilles, à la fin de la journée de classe, soulignent la « bonne prise en charge » dont fait l’objet leur fille dans sa nouvelle classe. Ils répètent, néanmoins, ce qu’ils ont expliqué à l’inspection académique, au ministère de l’Éducation : ils souhaitent que Lhasa puisse bénéficier de cours de langue des signes. Les parents évoquent l’enjeu de l’«oralisation », soulèvent les difficultés qui peuvent se dresser dans le parcours de la fillette, qui a reçu son implant à l’âge de 2 ans. Lorsqu’on enseigne la prononciation d’un mot à un enfant, il faut qu’il sache à quoi il se réfère. Pour Lhasa, estiment François Thiollet et Marie Robin, le rapport au départ « fragile » au français pourrait être facilité par le passage de sa propre, sa « principale » langue : la langue des signes française. Il faudrait, donc, qu’elle maîtrise cette dernière.

Des parcours liés aux territoires

En maternelle, la petite fille était accompagnée d’une AESH (accompagnant des élèves en situation de handicap) qui présentait « un bon niveau » en langue des signes, relatent les parents. Les personnes qui « suivent » Lhasa cette année – les auxiliaires de vie scolaire, notamment – savent, elles aussi, signer. « La plupart se forment seules », précisent néanmoins François Thiollet et Marie Robin. Tous deux ont mené des recherches pour offrir à leur enfant le meilleur accompagnement, la meilleure scolarité possibles. Ils ont appris les particularités des classes bilingues, où enfants entendants et sourds sont mélangés et dans lesquelles deux enseignants interviennent.

Ils se sont intéressés à la mise en place récente des Pôles d’enseignement pour les jeunes sourds (PEJS) – un tel dispositif existe, par exemple, « à Tours » – destinés à accompagner les publics concernés dans le primaire, puis le secondaire. Lhasa étant très jeune pour intégrer un internat, ses parents posent la question de la difficulté plus ou moins grande, pour les familles, d’accéder aux parcours qui leur correspondent le mieux, en fonction du territoire dans lequel elles se trouvent.

Un long combat

Il a fallu attendre la loi du 11 février 2005 pour que la langue des signes française (LSF) soit reconnue comme une langue à part entière. Mais dès 1991, l’amendement Fabius de la loi 1991 avait donné aux familles le droit de choisir une communication bilingue LSF – français dans l’éducation de leurs enfants sourds. Un vrai tournant car depuis le congrès de Milan de 1880, la LSF était proscrite dans l’enseignement. Puis il y a eu dans les années 80 « le réveil sourd » qui a abouti à la reconnaissance de la LSF. Depuis 2008, celle-ci est même devenue une option au baccalauréat. Un long combat qui se poursuit, la Fédération nationale des sourds de France étant aujourd’hui encore obligée d’exiger que le droit des enfants sourds à la scolarisation en langue des signes soit respecté (lire ci-contre).

repères

> Thierry Herold, inspecteur de l’Éducation nationale chargé de l’adaptation et de la scolarisation des élèves en situation de handicap (IEN AESH), assure « entendre » la demande des parents de Lhasa. Comme Laurent Delaume, adjoint à la directrice académique des services de l’Éducation nationale, l’IEN AESH rappelle que la Maison départementale des personnes handicapées avait préconisé l’inscription de la fillette en Ulis dédiée aux troubles de la fonction auditive – recommandation qu’a suivie la famille.
> L’inspecteur précise la distinction entre l’enseignement de la langue des signes française en tant qu’outil d’apprentissage des autres disciplines et l’enseignement de la LSF en elle-même. Lorsqu’elle est en temps de « regroupement » – c’est-à-dire avec les autres élèves de l’Ulis, et non dans une classe de CP –, Lhasa utilise la LSF, mais ne suit pas de module d’apprentissage de la LSF.
> Des établissements, à Orléans et à Tours, proposent des filières dans lesquelles est intégré un apprentissage de la LSF. Au sein du Loir-et-Cher, explique M. Herold, il existe un questionnement « pour répondre au mieux » aux populations concernées. « Aucune porte n’est fermée. »
> La réflexion de la direction des services départementaux de l’Éducation nationale porte, par ailleurs, détaille l’IEN AESH, sur les deux « courants » existant actuellement parmi les parents d’enfants malentendants. L’une de ces « écoles » serait tournée vers l’oralisation, en lien avec les progrès médicaux, la seconde serait davantage attentive à l’enseignement de la LSF, du plus jeune âge des enfants à leur entrée dans le supérieur.

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