Sonia Audineau se bat pour la langue des signes

À la rentrée, elle donnera bénévolement une initiation à la langue des signes aux élèves de l’élémentaire Sainte-Marie. Portrait d’une passionnée au parcours atypique.

Les gens d’ici

« Je voulais écrire des bandes dessinées. » Aujourd’hui, Sonia Audineau, 40 ans, écrit des romans. Un premier, qui n’a pas été publié, et un deuxième en cours d’écriture. « J’avais écrit un roman policier à 12 ans, mes amis avaient apprécié », se souvient-elle. Après des études de droit, elle devient agoraphobe à l’âge de 20 ans. Elle enchaîne les petits boulots et côtoie le handicap à l’hôpital. Fonctionnaire au ministère de la Défense, elle travaille à la formation puis au pôle social comme agent des prestations.

Parler avec les mains

« Je ne suis pas professeure, ni traductrice. » Sonia a choisi d’apprendre la langue des signes française (LSF) et, comme entendante, c’est parfois difficile à faire comprendre. « Je voulais parler avec les mains, avance-t-elle. Paradoxalement, comme agoraphobe, je n’aime pas le silence. L’envie d’aller vers les autres m’a poussée. Je voulais aller contre mon handicap psychique. »

Sonia s’est formée dans les deux associations rennaises. L’apprentissage est difficile au départ. Si les premiers gestes, comme bonjour, sont simples, les adultes avec qui elle apprend ne parlent pas. Le hasard d’une rencontre l’a conduite à proposer des initiations au public scolaire.

« J’ai passé un essai. Il devait y avoir dix à douze enfants, ils étaient vingt ! » sourit Sonia. Durant l’atelier, elle est testée par un enfant annoncé difficile. « Il a tout compris ! s’exclame-t-elle. En faisant du bruit dans mon dos, il a deviné que j’étais entendante. » Elle lance des jeux et les effets sont immédiats. « L’atelier débloque certains timides, canalise d’autres. Il permet d’être plus à l’aise parce qu’on rit beaucoup », précise Sonia.

Une langue universelle

Les sourds ou malentendants sont stigmatisés, « parce qu’ils font des grimaces mais la langue des signes se parle avec les mains et le visage. Quand ils communiquent, ils sont perçus comme idiots. » Sonia regrette que certainsparents aient des peurs comme le retard d’apprentissage. « C’est pourtant une deuxième langue reconnue et elle est française. Je souhaite qu’il y en ait une qui soit universelle », appuie-t-elle. À la rentrée, elle sera bénévole à l’école élémentaire de Sainte-Marie pour animer le temps périscolaire.

« Pourquoi s’en passer lorsqu’on n’est pas sourd ? » Sonia a franchi le cap et n’a pas de regrets, elle va d’ailleurs passer au niveau supérieur dans l’apprentissage. La langue des signes recèle quelques secrets pour la majorité des Français. « La manière dont on se tient permet d’avoir un langage familier ou soutenu. Aussi, j’ai découvert que la langue des signes avait ses déclinaisons régionales, et on peut se comprendre parfaitement », informe-t-elle.

Le travail d’initiation de Sonia auprès des jeunes publics a renforcé son souhait de faire de la LSF une langue enseignée au collège comme deuxième langue.

Source http://www.ouest-france.fr - 19 Aout 2017
Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.