La main des sourds

Coralie facilite le quotidien des malentendants

Rendez-vous médical ou notarial, à l’école ou en entreprise, faire l’interface en langue des signes est un métier. Elle l’exerce depuis sa base de Saint-Germain-sur-Moine.

Rencontre

Jallais, Angers, Cholet, Saint-Macaire, Beaupréau… Coralie Dewost voyage. Pas encore au quotidien, mais elle espère que sa micro-entreprise, née en septembre dernier, va prospérer. Sans réfléchir, la jeune femme ajoute : « Par le bouche-à-oreille. »

On se regarde, on rit ensemble. Coralie est interface de communication en langue des signes. Un « accompagnateur social, un facilitateur du quotidien » qui traduit au médecin, au notaire, au maître d’école ce qu’un patient malentendant, un héritier sourd profond, un parent d’élève déficient auditif ont à leur faire savoir ou à savoir.

Pour les particuliers

Le demandeur peut être une association. Comme en mars où le centre social choletais Horizon avait reçu Véronique Poulain, dont le récit de vie – ses parents étaient sourds – a inspiré le film La famille Bélier. Mais, dans la quasi-totalité des cas, ce sont des particuliers qui s’adressent à des professionnels comme Coralie.

Ainsi ce couple désireux de refaire sa cuisine, qui avait rendez-vous avec un architecte. Ou ces parents, pour une réunion d’école organisant le départ en Angleterre de leur gamin. Ou encore ce salarié, auquel son entreprise proposait un entretien individuel. « Ma profession a été créée il y a une vingtaine d’années, à l’initiative de parents d’enfants sourds. »

Pour Coralie, le souci d’autonomiser socialement le malentendant, dont le cercle familial pendant des décennies voire des siècles était la seule courroie de transmission vis-à-vis de l’extérieur, explique l’émergence de métiers comme le sien.

Mais un interface de communication n’est pas un interprète. « Dans le second cas, on est sur des accompagnements très pointus, avec des études bac + 5 à la clé. L’interface, lui, s’inscrit plus dans la vie courante, quotidienne. »

« Être utile »

Les deux activités ont un coût, différent selon le contenu. « Un interprète peut prendre 200 € l’heure. Moi, j’ai fixé le tarif horaire à 36 € », précise la jeune femme (1).

C’est par hasard que cette ancienne employée de fast-food et assistante de direction, passionnée de langues, a découvert un jour à la télé le métier d’interface. « J’ai pris des cours de langue des signes. Mon formateur était sourd. Tout de suite, j’ai adoré. Cette expression par le visage, la gestuelle C’est comme du théâtre. En plus de la sensation, évidemment, d’être utile. »

Être utile au quotidien, mais philosophiquement aussi. La langue des signes, rappelle Coralie, a été interdite pendant très longtemps. Elle n’est reconnue comme langue à part entière que depuis 2005. « On a forcé beaucoup de sourds à parler. Ou on les appareillait, mais c’était à l’époque très douloureux. »

Moins d’un an après la création de sa petite entreprise, Coralie Dewost n’en vit toujours pas complètement. Mais espère. En attendant, dans le cadre de missions ponctuelles, elle met sa connaissance de la langue des signes au service de structures spécialisées.

C’est comme ça qu’entre janvier et le printemps, elle a accompagné un malentendant en formation d’ajusteur-monteur.

(1) Le volet « aide humaine » de la prestation de compensation du handicap, versée sous conditions aux personnes sourdes par les Départements, prévoit un forfait mensuel en heures pour le recours à des interfaces.

Source http://www.ouest-france.fr - 3 Juin 2007

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