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La langue des signes, un atout pour les lycéens

Pour valoriser leurs cursus dans les services à la personne, quelques lycées misent sur l’apprentissage de la langue des signes. Une option au bac depuis 2008.

Jérémy Doré, l’enseignant, se place dans les starting-blocks. Prêt, partez ! Devant les douze élèves de la classe, il se met à courir un sprint en pleine classe. Du surplace, en restant derrière le bureau. Il mime, en fait. Puis interroge du regard ses élèves… Apolline, 16ans, se lance : « Rapide ? » Gagné ! C’était le mot qu’il fallait deviner. Jérémy Doré montre alors aux élèves comment l’exprimer en langue des signes française (LSF). Vous fermez à demi les doigts de votre main droite, de façon à former un angle droit, par rapport au pouce. Puis vous faites glisser, dans l’air devant vous, cette forme vers votre côté gauche, rapidement. À partir de ce premier signe, les élèves de seconde pro Sarpat (Services aux personnes et aux territoires) apprendront ce matin-là à « dire » l’heure qu’il est : en fait le signe pour dire « et quart » ressemble beaucoup au signe « rapide ».
Un argument pour attirer de nouveaux élèves

Dans ce lycée d’Arcis-sur-Aube, au nord de Troyes, un premier groupe de douze élèves passera l’option langue des signes au bac l’année prochaine. « Nous nous y préparons depuis deux ans avec deux heures de cours par semaine, de la seconde à la terminale », explique la directrice de l’établissement agricole des Cordeliers, Danièle Aubrat. Au départ, en 2008, c’est une professeure d’éducation socioculturelle de l’établissement, Lætitia François, qui avait pris l’initiative de contacter une association de Sainte-Savine, Des yeux et des mains. D’une simple initiation aux élèves de seconde, on est passé aujourd’hui à un cours à part entière, pour les élèves en bac pro Sarpat et en CAP Services aux personnes et vente en espace rural.

Pour le lycée privé, les cours de LSF représentent un investissement financier, mais stratégique, selon la directrice. « Si ça permet de faire venir davantage d’élèves à Arcis-sur-Aube, tant mieux ! Nos jeunes vont faire du service à la personne, devenir moniteur, éducateur spécialisé. Ça les intéresse, ils pourront le faire valoir sur leur CV. »

C’est l’apprentissage
de la langue maternelle des sourds, d’une culture
à part entière»

Christophe Monticone, président
de l’association Des yeux et des mains

Dans l’Aube également, le lycée Marie-de-Champagne a organisé des cours de LSF dès la création de l’option au bac, il y a neuf ans. Trois heures de cours par semaine sont proposées aux élèves de 1re et terminale Sciences et technologies de la santé et du social (ST2S). « Nos élèves sont amenés à travailler dans des structures de santé, quelles qu’elles soient. Avec ces cours, ils n’auront peut-être pas le niveau pour suivre n’importe quelle conversation en LSF, mais ils seront capables d’une attention particulière devant cette forme d’expression », estime Lucien Gobert, le proviseur du lycée public troyen, fier lui aussi d’être parmi « les seuls dans l’académie à proposer cette option ». Les cours de LSF dans les lycées aubois sont organisés par l’association Des yeux et des mains, de Sainte-Savine. Neuf bénévoles et deux formateurs salariés, dont Jérémy Doré, qui intervient aux Cordeliers.

Communiquer aussi avec les bébés

Pour le président de l’association, Christophe Monticone, enseigner la LSF au lycée dans le cursus sanitaire et social est une « nécessité ». « Ça représente une belle ouverture, l’apprentissage d’une nouvelle langue, reconnue depuis 2005 comme la langue maternelle des sourds. C’est l’apprentissage d’une culture à part entière », souligne-t-il. « Nous, les entendants, nous apprenons à ne pas faire de vagues, nous sommes freinés dans notre éducation, explique Christophe Monticone. Apprendre la LSF peut aussi nous ouvrir le champ du physique, vaincre notre timidité. »
Évidemment, savoir signer permettra aux futurs bacheliers de communiquer avec une grande partie des sourds. Mais aussi, avec… les bébés. « Les signes peuvent être un mode de communication pour les assistantes maternelles, face aux enfants qui n’ont pas encore d’outils de verbalisation. »

Source
http://www.lunion.fr - 1 Avril 2017
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