Le portail d'information sur les sourds et langue des signes
Hauts de Seine Habitat

Christian, 72 ans, sourd et fier de l’être

Petit, derrière les murs de l’Institution des sourds-muets de la Malgrange, on l’empêchait de signer. Le Nancéien a vécu le réveil des sourds et l’évolution du regard sur ce « handicap ».

C’est un petit monsieur moustachu avec des yeux pétillants. Christian Marchal a 72 ans. Il n’entend quasi rien et balbutie tout en signant. Rencontré ce mercredi devant l’amphi du campus de la fac de Lettres où sont projetés les 21 films en compétition du 9e Sourd Métrage (ER 16-5), Christian raconte sa vie de malentendant, aidé par la voix de son fils Olivier, président du festival.

Amphi rempli ce mercredi pour les projections des 21 films en compétition. A voir aujourd’hui encore de 9h à 12h. Gratuit.

« Suite à une otite à 9 mois, je suis devenu sourd. J’habitais Moussey dans les Vosges et à 7 ans 1/2, comme je n’arrivais pas à parler, mes parents m’ont envoyé à l’institut La Malgrange. Il n’y avait rien de plus proche. »

Il se rappelle son arrivée en février 1953. Derrière les murs de l’établissement tenu par des religieuses, le petit Christian se débrouille pour communiquer avec des gestes, mais on l’oblige à parler. « C’était sévère, la langue des signes (LSF) était interdite. »
Il évoque l’institution fermée, « presque une prison », les filles d’un côté, les garçons de l’autre. « On ne rentrait dans nos familles qu’à Noël, Pâques, en été. »

La plupart des sourds sont formés à l’horticulture et cultivent des fleurs de l’institution. Puis Christian part travailler à Belfort. En 1968, lors d’un banquet de sourds, il rencontre sa femme. Le couple aura 3 enfants. Qui passeront une partie de leur jeunesse à la Malgrange où leur père est concierge et prof de LSF tandis que leur mère travaille au lycée de Pixérécourt.
Pour Olivier, aîné de la fratrie, l’enfance a été particulière avec un statut d’adulte.
« J’ai été et suis encore la voix de mes parents. J’ai su signer avant de savoir parler. Dès 5 ans, j’étais leur interprète, pour traduire, téléphoner. Je les ai accompagnés chez le docteur, à la banque, aux courses… » Il raconte son lit de bébé collé au mur de leur chambre pour que ses pleurs fassent vibrer la cloison et les réveillent. « Ado, j’ai eu honte d’eux, j’étais gêné. Mais j’en ai profité, surtout aux réunions parents profs où je traduisais comme ça m’arrangeait ! »
Olivier, devenu prof de langue des signes et fondateur de Sourd Métrage leur sont plus que reconnaissant. « Ils ont vécu le réveil sourd initié par l’Américain Alfredo Corrado », président du jury de ce 9e festival. « Quand Corrado a découvert comment vivaient les sourds en France, il a créé l’International Visual Theatre en 1976 et développé la langue des signes. » Depuis, le regard sur les malentendants n’a cessé d’évoluer. Christian Marchal acquiesce : « Avant, on se cachait. Maintenant, je suis fier d’être sourd. »

Source http://www.estrepublicain.fr - 19 Mai 2017
Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.