Le mouvement Accès Cible milite pour que les nombreux Français en déficit d’audition puissent avoir accès à tous les meetings. Ils ont interpellé Emmanuel Macron à Angers, mardi.

La scène n’a duré que quelques secondes, mardi soir, à Angers. Devant un centre des congrès bondé, le candidat Emmanuel Macron, à peine arrivé sur scène, est interpellé à sa gauche par une quinzaine de citoyens brandissant des affiches. Une action silencieuse. Et pour cause : la plupart des manifestants communiquent en langue des signes. Ils défendent leur cause, celle des sourds et malentendants.

L’ancien ministre de l’Économie leur répond maladroitement, espérant se faire comprendre : « J’ai compris votre message. Sachez qu’il y a une boucle magnétique qui vous permet d’avoir accès au discours. » Sauf que ça ne suffit pas. « La boucle auditive ne fait pas partie de nos revendications. Ce n’est d’ailleurs pas très efficace dans ce genre de contexte », indique Marion Lambert, interprète en langue des signes, présente ce soir-là.

9 % des Français concernés

La jeune femme milite au sein du mouvement Accès Cible, qui a décidé d’interpeller tous les candidats à la présidentielle sur cette question précise. Une question qui est loin d’être anecdotique. Selon la Fédération nationale des sourds de France (FNSF ; 77 associations), « six millions de citoyens » souffrent d’un déficit auditif, soit 9 % des Français. On estime que 300 000 s’expriment en langue des signes. Accès Cible réclame donc une « accessibilité complète et systématique, lors des événements publics des différents candidats, mais aussi lors des débats et conférences de presse à la télévision et sur tous les supports vidéo ».

L’exigence ne date pas d’hier. Mais les lignes bougent lentement. Tous les candidats n’ont pas la même attention, ni la même conscience des enjeux.

On retiendra que, le 5 février, à Lyon, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ont montré des exemples radicalement différents, à l’image de leurs lignes politiques. Le premier, non content d’inaugurer son hologramme, a accompagné tout son discours de sous-titres et d’une traduction en langue des signes. Ce qui correspond précisément « aux deux priorités » d’Accès Cible.

Le même jour, dans la même ville, Marine Le Pen n’intégrait au contraire aucun de ces deux dispositifs. Avertis, des militants d’Accès Cible présents dans la salle ont commencé à traduire le discours de la candidate en direct en langue des signes, pendant une dizaine de minutes. « Le problème, c’est que certains militants FN ont utilisé cette séquence en faisant croire que c’était des gens de chez eux. On ne veut pas être récupérés. »

La méthode a donc changé, privilégiant la revendication sous forme d’affiches et de slogans écrits. Comme mardi soir à Angers. Cela semble d’ailleurs avoir porté ses fruits. Le staff d’Emmanuel Macron a pris le temps de discuter avec les militants d’Accès Cible, mardi, assurant qu’il intégrerait mieux cette exigence formelle dans la campagne. Hier, une interprète était à ses côtés sur grand écran lorsqu’il a détaillé son programme…

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