A Courcouronnes, les sourds et malentendants passent le permis en langue des signes

Seulement quatre auto-écoles en France adaptent les leçons de conduite et de préparation au code aux personnes sourdes et malentendantes.

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Elle « signe » d’une main et corrige la trajectoire de l’autre. A Courcouronnes, Caroline Beaudry — qui a appris la langue des signes auprès de ses parents sourds —, et son mari Cédrick ont ouvert, en avril 2016, l’une des quatre auto-écoles en France capables d’adapter les leçons de conduite et de préparation au code aux personnes sourdes et malentendantes. Une aubaine pour Mélissa, jeune évryenne de 35 ans, qui, après avoir passé le code à Paris a suivi, ce jeudi, sa deuxième heure d’apprentissage dans les petites rues pavillonnaires de Courcouronnes.

Maîtrise de l’embrayage, démarrages en côte et freinage en douceur… A la langue des signes, Caroline ajoute toujours la parole. « Je fais attention à bien articuler pour que les élèves puissent lire sur mes lèvres », indique la monitrice lors d’une pause explicative avec son apprentie. Car si la leçon est en tout point identique à l’enseignement général, Caroline se doit néanmoins de marquer plus d’arrêts. « Il est bien évidemment impensable de demander aux élèves de lâcher le volant et de tourner la tête pendant qu’ils conduisent », rassure la co-gérante de l’auto-école.

« Ils sont bien plus portés sur le regard et l’anticipation »

Exceptée cette organisation sur mesure, l’apprentissage est exactement le même que celui dispensé aux autres élèves. « Une des contraintes est qu’ils n’entendent pas le moteur. Ils mettent donc parfois un peu plus de temps à passer les vitesses », note la monitrice. « Mais ils sont bien plus portés sur le regard et l’anticipation », reprend-elle aussitôt en remarquant le coup d’œil que vient de jeter Mélissa avant de franchir une intersection.

«Etre sourde n’est pas un problème pour conduire, assure l’élève. Ce qui est compliqué, c’est d’apprendre sans interprète ». Et pour cause, la langue française joue pas mal de tours aux candidats sourds et malentendants. « Les élèves me demandent souvent pourquoi le code de la route utilise le mot circuler au lieu de rouler ou encore pourquoi ils disent immédiatement et pas tout de suite », détaille Caroline qui a également développé tout un attirail d’astuces comme, par exemple, l’utilisation d’une ardoise pour donner les directions lors des heures de conduite.

C&C auto-école, centre commercial mail de Thorigny à Courcouronnes. Renseignements au 01.85.15.16.83 ou sur www.auto-ecole-courcouronnes.fr

Ce que dit la loi
Il n’existe pas de contre-indication à la conduite pour les personnes sourdes et malentendantes mais elles doivent passer une visite médicale devant un médecin agréé par la préfecture avant de s’inscrire dans une auto-école. Il appartient à ce dernier de délivrer le certificat d’aptitude nécessaire à l’inscription et au passage de l’examen. « Si vous omettez de vous soumettre à un contrôle médical imposé par votre état de santé, vous vous exposez à une peine de deux ans d’emprisonnement et à une amende de 4 500 € », stipule l’administration sur le site officiel service-public.fr. « Par ailleurs, en cas d’accident dû à une pathologie considérée comme incompatible avec le fait de conduire, si vous êtes responsable, vous ne serez pas couvert par votre assurance », conclut-elle.

 

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