Assis devant leur ordinateur, face à une webcam, ils sont 7 téléconseillers en train de « signer ». Quatre d’entre eux sont sourds, les trois autres entendants et maîtrisent la langue des signes. Bienvenue chez Sourdline, à Colombes (Hauts-de-Seine). « Ici, la langue des signes, tout le monde la pratique. C’est une condition de recrutement, même pour les postes de gestion et d’administration, souligne Caroline Mitanne, 42 ans, et mère de deux enfants, à la tête de cette entreprise. C’est plus convivial quand on se retrouve à la pause déjeuner. »

Langue maternelle

« C’est ma langue maternelle » confie-t-elle. Ses parents, sourds, lui ont enseignée dès son plus jeune âge. Très vite, elle est confrontée aux difficultés qu’ils rencontrent au quotidien. « Toute petite, c’est moi qui téléphonais pour prendre rendez-vous chez le médecin pour eux. » Alors lui vient l’idée de lancer Sourdline, une entreprise adaptée qui propose de rendre les services client des grandes sociétés accessibles aux sourds et aux malentendants.

Canal +, Danone, la Redoute, Vente-privée.com… Elle compte aujourd’hui 13 entreprises et administrations parmi ses clients, à qui elle offre une solution de chat et webcam accessible depuis leur site Internet. Sur le site de La Redoute, par exemple, juste à côté du numéro de téléphone du service client, on trouve une icône « contact sourd » qui dirige sur une page avec des explications en vidéo où un conseiller Sourdline explique en langue des signes comment fonctionne le service. Là, le client peut choisir de s’adresser à un conseiller soit par chat, soit par webcam. « Les sourds ont parfois des difficultés à l’écrit, c’est pour ça que nous proposons un service de chat vidéo, qui permet de communiquer en langue des signes. »

Croissance de l’activité

Lancée en 2009, l’entreprise de Caroline est « à l’équilibre » financièrement sur l’année 2016. Elle réalise 400 000 € de chiffre d’affaires et emploie 9 salariés. Avec la loi sur le numérique (votée au parlement au mois d’octobre), qui impose aux entreprises de se rendre accessibles aux sourds dans les deux ans (cinq pour les administrations), elle s’attend à une forte croissance de son activité. Dix nouveaux conseillers devraient intégrer Sourdline d’ici la fin de l’année. « Nous privilégions l’embauche de personnes sourdes. Nous les formons à la relation client, aux outils numériques et nous les faisons évoluer. » En témoigne le parcours de Raphaël, entré chez Sourdline comme téléconseiller et devenu responsable du développement.

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