La main des sourds

Sourd-muet, il encourt jusqu’à 20 ans de prison pour avoir secoué son bébé

Lorsqu’à l’issue de sa prise de parole spontanée, la présidente lui demande s’il a quelque chose à ajouter, il vacille à la barre, littéralement, avant de dire non. Ou plutôt de le « signer ». Un homme de 32 ans, Anthony C., sourd-muet, comparaît devant la cour d’assises du Val-de-Marne depuis mardi pour violences sur mineur de moins de 15 ans ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Son épouse de 31 ans, sourde-muette aussi, pour non-assistance à personne en danger. Trois interprètes se relaient pour faire entendre les voix du couple. Toujours mariés, ils encourent respectivement 20 et 5 ans de prison. Le verdict est attendu vendredi.
Leur deuxième petite fille, Izia, est décédée le 9 novembre 2010 à deux mois et demi, après plusieurs hospitalisations. L’origine de sa mort est cérébrale. La conséquence de plusieurs « épisodes », reconnus par le jeune père, cinq secouements et deux événements traumatisants : une chute, et un choc contre une porte. Pendant deux jours, Anthony C. n’a eu de cesse de plaider la « maladresse », de mettre en cause le corps médical pour son « manque d’informations » en rapport avec les bébés. Le couple vivait alors à Champigny. Il a eu une autre petite fille depuis.

C’est une infirmière — entendante — qui lui aurait conseillé de « stimuler » Izia pour qu’elle prenne son biberon. « C’est peut-être là que je l’ai secouée, je voulais l’encourager », a-t-il expliqué à l’audience. « Pourquoi est-ce que vous la secouez sachant qu’étant sourd, vous ne pouvez pas être incommodé par ses pleurs ? », a insisté la présidente. « Je voulais qu’elle termine son biberon », explique l’accusé, dont il a été dit, plusieurs, fois, qu’il ne s’était presque jamais occupé de sa fille aînée par peur de mal faire, parce qu’il n’avait « pas l’habitude ». « A moins d’avoir des enfants, aucun d’entre nous n’a l’habitude », a remarqué la présidente.
Un handicap au cœur des débats
La mort du nourrisson est évidemment au cœur du procès. Mais la surdité également. Chacun leur tour, les parents sont venus raconter à la barre leurs difficultés pour avoir accès aux mêmes informations que les entendants, par manque d’interprètes. Un élément essentiel de son « identité », pour la maman, qui, par « effort », a appris à utiliser la lecture labiale et le mime. Des « barrières » au quotidien pour Anthony, qui a expliqué se sentir « diminué » dès qu’il lui fallait demander de l’aide. Ce qu’il ne fait donc pas.
Est-ce que l’accusé « a conscience d’être le seul responsable de la mort de sa fille ? », a interrogé mercredi l’avocat général. Il a « du mal à mentaliser qu’il a causé son décès », a rapporté l’experte psychologue. « Je voulais qu’elle termine son biberon, a justifié plusieurs fois Anthony C. Sa santé en dépendait. »

Source http://www.leparisien.fr © 19 Janvier 2017 à Champigny

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.