Devinez comment on nomme Griezmann et Zizou en langue des signes

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L’Université d’Artois inaugure cette année, à Arras, des cours de langue des signes auxquels quelques quidams ont pu s’inscrire (c’est complet). Avec des millions de sourds ou malentendants en France, les besoins sont là. L’intérêt grandit autour de cette langue vivante.

Comment peut-on bien nommer le footballeur Antoine Griezmann en langue des signes ? Ben, facile. En mimant brièvement sa danse favorite pour célébrer un but, pouce et petit doigt en forme de téléphone. Zizou ? Pas le coup de boule qui a terrassé Materazzi, non. Mais une paume qui astique un poing fermé parce qu’il est chauve…

Mélange de bon sens, de références, et faisant appel à l’expressivité du mime, le système qui permet aux sourds de communiquer n’a rien d’un folklore amusant. «  Ce n’est pas un langage, c’est une langue vivante  », exprime Carmen Flament, professeur à l’association Trèfle, à Arras.

Elle donnait cette semaine son premier cours à l’université d’Artois devant un quarteron d’étudiants et d’« actifs ». « Cela fait trois ans qu’on essayait d’ouvrir des sessions avec Trèfle, mais ils sont débordés  », dit Karima Medouakh, de la Maison des langues. Deux heures par semaine ont pu être trouvées cette rentrée. «  On avait beaucoup de demandes d’étudiants et aussi de nombreux élèves malentendants.  »« Il n’y a que 450 interprètes diplômés, deux seulement dans le Pas-de-Calais ! »

« Il n’y a que 450 interprètes diplômés, deux seulement dans le Pas-de-Calais ! »

On estime qu’en France, cinq millions de personnes sont touchées par un problème de surdité léger ou aigu. «  Et il n’y a que 450 interprètes diplômés, deux seulement dans le Pas-de-Calais !  », indique Carmen Flament. Des personnes qui permettent d’effectuer des démarches administratives, d’aller chez le médecin… Bref, les besoins sont grands. Comme la motivation des « entendants » présents ce matin dans la petite salle de la fac d’Artois.

Jacky et Laurence Rouget n’ont plus l’âge d’être étudiants. Tous les deux investis dans le club local RCA basket, ils sont là parce que «  plusieurs personnes du club sont sourdes. Ils arrivent à lire sur les lèvres, mais il ne faut pas les mettre à l’écart  ». Leurs deux enfants ont appris la langue des signes au lycée Guy-Mollet (lire par ailleurs), ils ont souhaité s’y mettre eux aussi.

Pour cette dame dans la quarantaine, l’enjeu est tout autre. «  Je suis sourde d’une oreille à la suite d’une maladie. Je chemine dans une zone mixte entre le langage des sourds et celui des entendants…  » Camille Normand, 19 ans, prépare, elle, le concours de professeur des écoles. «  Ça peut être un plus s’il y a des enfants malentendants en classe.  »

Association Trèfle Arras, www.trefle.org

Au lycée Guy-Mollet d’Arras, l’effet «Famille Bélier»

Depuis 2010, le lycée Guy-Mollet est le seul établissement public de l’Académie qui propose l’apprentissage de la langue des signes, de la seconde à la terminale (option possible au bac), deux heures par semaine. On vient parfois de loin pour y inscrire son enfant, l’option étant un motif de dérogation. Elle attire de plus en plus d’élèves. «  Il y a une montée en puissance depuis le film La Famille Bélier », dit le proviseur Olivier Dupas. L’histoire d’une famille de sourds dont la fille (l’Héninoise Louane) sert d’interprète dans la vie de tous les jours… Soixante élèves sont inscrits cette année en seconde, entre quinze et vingt en terminale. Le lycée bénéficie d’un partenariat avec le Centre d’éducation pour jeunes sourds d’Arras.

 

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