La main des sourds

La langue des signes sauve une famille

Après plusieurs années de communication difficile, Yanis, sa maman et leur entourage ont trouvé la solution : signer pour se comprendre.

Une bouille toute ronde et un large sourire qui fend son visage d’une oreille à l’autre : c’est ainsi que l’on pourrait décrire Yanis. Et pourtant, il n’y a pas si longtemps, c’étaient ses pleurs et ceux de sa maman, Frédérique, qui résonnaient dans cette maison de Landrais. Frédérique raconte :« Yanis a toujours été un enfant calme et silencieux. A 2 ans et neuf mois, nous sommes allés voir un orthophoniste ». Et le premier bilan tombe comme un couperet : « Il a parlé d’un retard parce que Yanis ne parlait pas ».

Puis à 3 ans, Yanis, entre en petite section. Il est alors suivi par un médecin rochelais qui souhaite voir l’évolution du petit garçon en milieu scolaire : « Cela a été une année compliquée… » Grâce à la Maison départementale des personnes handicapées, Yanis décroche une auxiliaire de vie scolaire (AVS), puis il entre en moyenne section. Et là, une institutrice peu compréhensive avec le handicap de Yanis ne permet pas une intégration correcte de l’enfant dans sa classe.

« Il a appris 100 mots en une semaine »
Frédérique poursuit sa quête de réponses pour savoir ce dont souffre Yanis et un deuxième couperet tombe : « On nous dit qu’il a un an et demi de retard par rapport aux autres enfants. Mais je n’étais pas d’accord avec ça. »

Pourtant, à cette époque, la situation est très délicate au sein de la famille : « Yanis et moi on se comprenait. Mais avec les autres c’était compliqué. Tout le monde était mal. Yanis pleurait, comme s’il étouffait. Et moi je passais mes nuits à pleurer et à chercher des réponses sur les forums. »

Un jour, dans la salle d’attente du centre du langage de Rochefort, le regard de la jeune femme est attiré par une affiche qui parle de la méthode Makaton : « J’ai alors cherché un orthophoniste spécialisé dans cette méthode. C’était le cas de celle du Thou ». Et tout change pour Yanis, sa maman et leur entourage : « Il a appris cent mots en une semaine. J’ai retrouvé mon enfant. C’est une renaissance pour nous tous », lance Frédérique le regard pétillant. Yanis, assis à côté d’elle sourit aussi : « En fait, Yanis comprend tout ce qu’on dit, mais il a besoin d’un support pour communiquer. » Les professionnels de santé évoquent maintenant un trouble de l’organisation comme diagnostic : « Yanis a besoin d’acquérir de la logique ».

C’est par les besoins du quotidien que les conversations commencent : manger, boire… « Une fois que Yanis sait dire un mot, il n’éprouve plus le besoin de le signer ».

« Yanis est mon héros »
Une méthode qui a été élargie aux grands-parents du petit garçon puis à ses copains de classe : « Aujourd’hui, Yanis a envie d’aller à l’école. Il signe les prénoms de ses camarades. Et, eux, ont envie d’apprendre à signer ». Son petit frère, Robin, âgé de deux ans, signe aussi. Mais un nouveau challenge attend Yanis, l’apprentissage de la langue des signes française. Mais Frédérique ne doute pas, car pour elle, « Yanis est [son] héros ».

Bérengère Pinçonneau, propose un atelier Langue des Signes Française (LSF) lors des TAP.

Animatrice aux Bambins d’Aunis (Forges), Bérengère anime les TAP aux écoles de Forges et St-Christophe. L’an dernier, elle y a dispensé un atelier LSF : « Je ne pensais pas que les enfants accrocheraient autant, mais je me suis dit j’essaye ! » L’aspect ludique de la LSF fait que les enfants sont séduits par ce mode d’expression. Un retour positif qui est aussi venu de la part des parents d’élèves : « Les enfants ont eu envie de transmettre ».

Durant ces ateliers, les enfants ont appris les couleurs ainsi que les signes se rapportant à leur quotidien, par le biais d’un livret de base : « Ce sont des petits bonshommes qui signent et à côté une bulle explique ». Les enfants ont aussi fait part de leurs attentes : « Nous faisions des tours de parole et ils me demandaient les mots qu’ils avaient envie de connaître ». Une expérience qui s’est terminée par un spectacle musical : « Les enfants ont chanté le refrain Je Vole, version Louanne et On écrit sur les murs, et moi je signais ».

Rien ne destinait Bérengère à se plonger dans l’apprentissage de la LSF. Juste l’envie : « Je n’ai pas de personnes sourdes dans mon entourage, seulement une cousine malentendante. Mais j’ai toujours eu envie d’apprendre. J’aime les signes et les expressions du visage qui sont indispensables, car des signes peuvent se ressembler. » Devant une telle motivation, son employeur lui a financé sa formation.

Et cette année ? « Je vais recommencer car les enfants ont pris plaisir à ça et moi aussi. »

Source http://www.lhebdo17.fr © 15 Octobre 2016

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.