Surdité. « Pour nous, ce n’est pas un handicap »

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Sophie Prévost Dans la famille Coquil, à Plouigneau, les deux parents, Catherine et Gilbert, sont sourds. Ce qui n’est pas le cas de leurs enfants Damien, Pauline et Vanessa, 21, 24 et 28 ans. A l’heure du nouveau « Café signes » morlaisien, ils évoquent leur vie quotidienne. « Une vie normale ! », disent-ils.

Ils pourraient être notre Famille Bélier locale. Attablés en famille dans le pavillon ignacien de Catherine et Gilbert, les enfants dégoupillent les premiers. « C’est vrai que le film éclaire un peu notre histoire, tout comme il a mis un bon coup de zoom sur la communauté des sourds. On a évidemment été le voir en famille, il y a deux ans. On a trouvé ça sympa mais tellement exagéré ! », rapporte d’emblée Vanessa, l’aînée de 28 ans. « D’abord, on ne vit pas dans une ferme et puis aucun d’entre nous n’est devenu célèbre ! Chez nous, rien d’extraordinaire, tout est normal… », rigole le cadet, Damien.

Si les Coquil se sont volontiers prêtés au jeu de la rencontre, c’est qu’ils portent un regard décomplexé – voire amusé – sur « leur identité ». Ne leur parlez surtout pas de handicap. « Mes parents ont toujours travaillé, ils ont élevé leurs enfants, ils ont des tas d’amis et vivent comme tout le monde », détaillent Vanessa et Damien. Catherine, la maman âgée de 53 ans, est même l’une des initiatrices du « Café signes », qui se lance sur Morlaix (lire ci-dessous). « Parce qu’elle est du genre curieuse et bavarde. Sourde, oui. Mais pas renfermée ! », plaisantent ses enfants. Née entendante, Catherine Coquil a perdu l’audition à sept ans, à la suite d’otites à répétition. Depuis toujours, elle communique entre oralisation (elle s’exprime et lit sur les lèvres) et langue des signes, « pour laquelle je ne suis pas très douée », avoue-t-elle.

« Notre langue maternelle »

Son mari, Gilbert, est sourd de naissance. Leur rencontre ? « Un parfait hasard. C’était dans un bal », raconte Catherine avec ses mains, Vanessa à la traduction. Leurs trois enfants sont tous nés entendants. Et, pour eux, pas de différence. « La langue des signes, c’est notre langue maternelle. Celle avec laquelle on parlait à la maison, tandis qu’il fallait oraliser à l’école. Exactement comme des enfants de parents étrangers », assure encore aujourd’hui la fratrie, qui s’est quasi exclusivement tournée vers des métiers à caractère social. Bien sûr, il a fallu composer avec les regards extérieurs. « Adolescent, j’avais beaucoup de mal à supporter la curiosité qu’éveillait toute sortie en famille. Maintenant, je m’en fiche », témoigne Damien. À l’intérieur, tout a été pensé pour faciliter la vie quotidienne : « À la maison, les signaux lumineux remplacent les sonneries. Quand on s’appelle, c’est en visiophone. Les nouvelles technologies nous ont vraiment boostés », souligne Vanessa. Quant à son fils Yago, quatre ans, « Il dit bonjour, merci ou Nutella en langue des signes à ses grands-parents. Ils se comprennent très bien ! ».

Connu comme le loup blanc

Tout juste revenu de son club de pétanque, Gilbert, cuisinier dans le civil, intervient volontiers dans la conversation. Le quinquagénaire appuie la gestuelle (il a longtemps fait du théâtre à Brest) et se fait facilement comprendre. « Papa est connu comme le loup blanc, il a des copains entendants et malentendants, de Brest jusqu’à Saint-Brieuc ! S’il y a de la gêne, elle ne vient jamais de lui », confirme Damien, tandis que son père insiste : « Dites bien que nous sommes sourds, mais pas muets ! ». S’il fallait pointer quelques difficultés, Vanessa rappellerait la déception de sa maman, lorsque sa candidature pour devenir assistante maternelle a été retoquée par la PMI, il y a une dizaine d’années. Catherine travaille aujourd’hui comme femme de chambre à l’hôtel l’Albatros. « Tu as vite rebondi ! », résume sa fille aînée. Le mot de la fin à Julien Cosquer, le beau-fils entendant. « Un peu stressé », au tout début, avec ses beaux-parents sourds. Il maîtrise désormais l’alphabet en langue des signes et quelques codes. « Aujourd’hui, ça roule, sourit-il. Les barrières sont définitivement tombées ».

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