La main des sourds

Cinéma. Les sourds veulent des sous-titres

 

Deux associations de sourds briochines se mobilisent pour que Cinéland programme davantage de films en version sous-titrée. Mais la communication avec le multiplexe est, pour l’heure, difficile.

Elles revendiquent plus d’égalité devant le grand écran. L’Association sportive et culturelle des sourds de Saint-Brieuc (ASCSSB) et l’association des sourds de Saint-Brieuc et des Côtes-d’Armor (ASSBCA) montent au créneau pour pousser le Cinéland de Trégueux à programmer davantage de films sous-titrés. « Cinéland ne diffuse presque jamais de films en version originale sous-titrée (VOST) ou en version française sous-titrée (VFST), ce qui empêche les personnes issues de la communauté sourde d’aller voir des bons films », déplore une pétition, mise en ligne le 30 juin, qui a recueilli 236 signatures à ce jour. « Quand tout le monde parle d’un film, nous on doit souvent attendre la sortie en DVD », témoigne Ronan Sorgniard, président de l’ASSBCA et cinéphile amateur de blockbusters. Tout comme Igor Brizard, chargé de communication de l’ASCSSB, qui a recensé trois grosses sorties en VOST, depuis le début de l’année : « Deadpool », « The Revenant » et « Star Wars 7 ». « Mais plusieurs semaines après leur sortie nationale », déplore-t-il.

Réunion publique demain soir

Le Club 6, sous le même giron que Cinéland, diffuse systématiquement les films étrangers en VOST. « Mais ce sont toujours des films art et essai, pas des grosses productions comme ” Spiderman ” ou ” L’âge de glace “. Les enfants sourds ne peuvent même pas aller au cinéma », souligne Sandra Sorgniard, chargée de communication de l’ASSBCA. Quant à la VFST, « il n’y a rien eu depuis ” La famille Bélier ” », en 2014, regrette encore Igor Brizard. « Nous souhaiterions une diffusion quotidienne en VOST ou VFST, et ceci pour des films récents, dès leur sortie nationale et dans des salles accessibles à tous », ont écrit les deux associations dans un courrier, adressé début juillet au directeur du Cinéland, Gérard Hoffmann. Une lettre restée sans réponse. Les assos, qui ont constitué un « collectif sous-titres cinéma 22 », organisent donc une réunion publique, demain soir, à laquelle elles ont convié le responsable du multiplexe. « On veut le rencontrer, ouvrir le dialogue. Peut-être que nous aussi on peut essayer d’apporter des solutions », plaide Sandrine Sorgniard. Pour l’instant, « le cinéma est muet, on ne connaît pas ses arguments. » Si le silence persiste, « on envisage des actions, une manifestation », prévient le collectif. Il prend exemple sur ce qui a été mis en place à Dinan, après une rencontre entre l’ASSBCA et le cinéma : depuis le printemps, il programme chaque semaine plusieurs films en VOST et réserve même un créneau pour la VFST, le samedi après-midi. « Et il y en a pour tous les goûts », apprécie Igor Brizard qui s’y rend, du coup, régulièrement. « Mais ce n’est pas normal de faire autant de kilomètres pour aller au cinéma », interpelle-t-il.

Déjà des casques pour les malentendants

De son côté, Gérard Hoffmann fait valoir des contraintes d’exploitation et une démarche progressive. « Nous avons déjà investi une grosse somme dans des casques, d’amplification du son pour les malentendants, et d’audiodescription pour les malvoyants. Aujourd’hui, toutes les salles sont accessibles », fait valoir le directeur du Cinéland. Mais pour les sourds complets, l’amplification n’est d’aucune aide, reconnaît-il, se disant ouvert à plus de VOST. Sauf qu’elle n’attire pas les foules. « Pour le dernier ” Star Wars “, j’avais demandé deux copies. Pour 100 clients en VF, j’en faisais peut-être 5 en VOST », indique l’exploitant. Quant à la VFST, « elle est gênante pour le commun des mortels, avec des sous-titres en couleur. Il faudrait faire des séances spéciales, mais je ne peux pas mobiliser de salles le samedi soir ou le dimanche après-midi ». Le directeur du Cinéland, « occupé » demain soir, n’entend pas non plus se faire dicter un calendrier. « Je viens d’ouvrir une nouvelle salle, j’ai aussi d’autres choses à régler dans l’entreprise. Ce n’est pas le dossier du moment, mais ce n’est pas non plus une fin de non-recevoir. On y travaille progressivement, j’essaye de contenter tout le monde. »

À savoir
Réunion publique, demain soir à 21 h, à la Maison des sourds, 9 bis place de la Cité. Contact : soustitrescinema22@gmail.com

Source http://www.letelegramme.fr © 15 Septembre 2016 à Saint-Brieuc

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