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Levent Beskardes fait vivre le pouvoir des gestes

Réalisateur, comédien et metteur en scène : Levent Beskardes a beaucoup de casquettes. Il est l’un des représentants du Monde des Sourds, au Festival de cinéma.

Quand les mains et le visage parlent tout autant que des mots, alors le terme de « communication » prend tout son sens. Le Monde des Sourds est l’un des thèmes chers au Festival de cinéma de Douarnenez.

Pour le représenter, Levent Beskardes, comédien, metteur en scène, poète et réalisateur sourd, sera présent toute la semaine.

Levent Beskardes est né en Turquie, à Istanbul, dans une famille d’entendants. « À l’école, les professeurs n’étaient pas nombreux à signer, (1) explique-t-il. J’ai vite abandonné les études et je me suis formé par moi-même. » À 67 ans, il avoue en souriant qu’il n’a d’ailleurs pas encore fini d’apprendre à lire et écrire le turc.

Fourré au cinéma

« Dans ma jeunesse, je communiquais peu, c’était très dur, même avec ma famille, se souvient-il. J’allais au cinéma, j’étais fourré là-bas tous les jours, c’était ça la communication pour moi. »

Levent Beskardes caresse alors un rêve : celui de devenir comédien. En Turquie, il est le voisin d’un célèbre réalisateur. Un jour, il lui fait part de son projet de travailler dans le cinéma. « Je lui ai dit que je pouvais très bien faire des mimiques et qu’il suffisait d’ajouter des blagues par-dessus, s’amuse-t-il. Mais mon voisin m’a dit que ça ne marchait pas comme ça. »

Levent Beskardes commence alors à travailler dans un atelier de dessin puis dans la décoration de vitrine, pendant douze ans. Il devient chef et commence, en parallèle, à monter des petits groupes de théâtre avec des personnes malentendantes.

« J’ai décidé de démissionner et de partir visiter Paris, j’avais un ami turc là-bas, se souvient-il. Au moment où j’allais quitter la France, la compagnie de théâtre IVT (International visual theatre), dédiée à la culture sourde, a été créée ! »

Levent Beskardes est embauché et reste finalement vivre dans la capitale. « Depuis, j’ai créé 35 pièces », continue-t-il.

Tremblement de terre

Pour le Festival de cinéma, le réalisateur présente six de ses courts-métrages, commencés dans les années 2000. « Je travaille actuellement sur le montage d’un documentaire, souligne-t-il. J’ai tourné les scènes après le tremblement de terre du 17 août 1999, qui a fait plus de 17 000 morts en Turquie. J’ai filmé les témoins sourds de ce drame. »

Par sa présence au Festival de cinéma, Levent Beskardes souhaite faire passer un message à toutes les personnes malentendantes : ne jamais baisser les bras.

« Les sourds, avant le réveil des années 1980, n’étaient pas reconnus, pas vus en France, détaille-t-il. Aujourd’hui, ça s’est vraiment amélioré, ce qui n’est pas le cas en Turquie, où la situation végète. »

En France, la langue des signes a été interdite pendant près d’un siècle, entre 1880 et 1977 et n’a été enseignée qu’à partir de 1991. « Il y a eu une réelle frustration des sourds à cette époque, conclut Levent Beskardes. Aujourd’hui encore, il faut continuer à se bouger et à gueuler pour que les choses changent et que les sourds aient une accessibilité plus facile à tous les lieux publics ! »

(1) : s’exprimer en langage des signes.

Via
http://www.ouest-france.fr
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