Hommage Armand Pelletier > L’œil et la main “Une histoire de profs”

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Ferdinand Berthier, professeur sourd à l’Institut de Paris au XIXe siècle, fut un ardent défenseur de la langue des signes et de son utilisation dans tous les domaines. Les valeurs qu’il portait éclairent-elles encore les combats des enseignants sourds d’aujourd’hui ? Son parcours est-il toujours un exemple pour défendre le statut des sourds et la légitime reconnaissance de leurs compétences ?

Tout le monde connait l’abbé de l’Epée. Qui connaît Ferdinand Berthier ? Né en 1803, il est l’un des plus brillants exemples de réussite d’un sourd par l’éducation bilingue (langue des signes et français écrit) : professeur de langue des signes, en 1829, à l’Institut national des sourds de Paris (aujourd’hui Institut national des jeunes sourds), élu membre de la Société des gens de lettres, décoré de la Légion d’honneur, auteur du Code Napoléon mis à la portée des sourds-muets en 1868, il fait partie de l’élite intellectuelle de son époque.

Au-delà de sa formidable réussite personnelle, Ferdinand Berthier est un personnage-clé de l’histoire des sourds, parce qu’il est réellement le premier à avoir milité pour la reconnaissance des droits des sourds. Il a su fédérer une communauté sourde avec sa langue, sa culture, son histoire et ses luttes. Cette histoire singulière fait-elle partie de l’histoire de ceux qui sont les descendants de Berthier, c’est-à-dire les professeurs sourds qui aujourd’hui enseignent la langue des signes ou les différentes matières en langue des signes ? Que font-ils de cette histoire ?

Devant la caméra d’Emmanuelle Sapin, Isabelle Voizeux est notre guide dans ce voyage entre présent et passé. Comme la plupart des sourds, elle connaît peu cette période de l’histoire, pourtant très féconde.

Pour reprendre contact avec ce passé et maintenir vivante sa culture, elle se rend à l’Institut des jeunes sourds de Paris, rue Saint-Jacques, un lieu “habité” par Ferdinand Berthier, puisqu’il y a enseigné pendant quarante ans. Elle y rencontre Florence Encrevé, historienne, qui nous donne les premiers éléments biographiques de la vie de Ferdinand Berthier. De là, Isabelle se rend à Louhans, lieu de naissance de Ferdinand Berthier. Là, les membres de l’association Culture et Langue des signes Ferdinand-Berthier entretiennent sa mémoire.

En écho au parcours de Ferdinand Berthier, premier militant sourd de l’histoire française, Isabelle nous emmène à la rencontre de professeurs sourds qui militent eux aussi, avec plus ou moins de succès, pour la reconnaissance de leur statut. Elle se rend sur le lieu de travail de Nolita Beddaï, professeur sourde sans statut officiel au collège Rodin, à Paris. A Lyon, elle recueille le témoignage de Sandra Recollon, enseignante sourde dans cette ville, qui a obtenu officiellement son statut de professeur cet été, après une manifestation de parents sourds en sa faveur, menée par Philippe Guyon, le président de l’APES-RA.

A Lyon comme à Paris, jeunes et moins jeunes partagent la même expérience et cette conviction portée par Ferdinand Berthier que l’instruction et la défense de la langue des signes sont les conditions d’une intégration réussie au sein de la communauté sourde et de la société toute entière.

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