Chez Henriot, quand les mains prennent la parole face à cet handicap

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Maureen Le Bolloc'h et ses collègues de la faïencerie Henriot (ici, Odile Sanson de l'atelier finissage) communiquent par petits mots interposés écrits sur des ardoises.

La faïencerie Henriot-Quimper accueille, depuis trois semaines, la stagiaire Maureen Le Bolloc’h. À 24 ans, la jeune femme atteinte de surdité bouscule la communication au sein de l’entreprise.

« Les sourds peuvent tout faire sauf entendre. » Maureen Le Bolloc’h reprend aisément à son compte l’expression de Monica Companys, actrice et auteure de plusieurs ouvrages sur la culture sourde.

Depuis le 23 mai, la Brestoise de 24 ans est en stage à la faïencerie Henriot-Quimper. Comme de nombreux étudiants avant elle, la jeune femme en CAP « décoration sur céramique » au lycée L’Initiative de Paris, y découvre le monde de l’entreprise. À une différence près, Maureen est sourde.

Dans cet univers où la concentration des « peinteuses » est de mise, la surdité de Maureen se remarque à peine. « Ici, ce sont les mains qui façonnent et qui créent », rappelle Fabienne Kernéis de la faïencerie. Pour preuve, dans l’atelier de décoration, la plupart des peintres sur céramique ont leurs écouteurs vissés dans les oreilles. Pas un mot. Pas un bruit.

Des ardoises effaçables

Si, dans les ateliers de modelage ou de décoration, les mains parlent seules, ailleurs dans la faïencerie, des petites ardoises blanches ont fait leur apparition pour assurer la communication. «Un système simple et à l’ancienne qui nous convient bien »,explique Fabienne Kernéis, les mains chargées de feutres.

« De toute façon, on n’a pas le temps pour discuter, rigole Maureen. Et puis, j’ai des créations à terminer. » Sa lampe en forme d’oeuf, ses corbeilles en forme de feuillages et sa bigoudène iront à la cuisson, dimanche. Juste le temps, ensuite, de les peindre et de les cuire avant son départ, le 1er juillet.

« Depuis son arrivée, il y a trois semaines, son sourire est infaillible », souligne Fabienne Kernéis. Le calme nécessaire et la volonté de communication de la jeune Brestoise insufflent « de la sérénité dans l’atelier » reconnaissent ses collègues.

Pourtant, lorsque la candidature de la Brestoise est arrivée, il y a quelques mois, sa demande a suscité quelques interrogations. « Ici, c’est un petit univers clos, glisse la responsable. Un microcosme où l’arrivée d’une personne extérieure est un événement. Accueillir Maureen semblait nous demander quelques aménagements et au final, pas vraiment. »

Langue des signes française

Bien qu’aucun des vingt-trois salariés de la faïencerie ne maîtrise ni ne connaisse la langue des signes française (LSF), l’équipe a dit oui.

« Échanger de cette manière prend du temps mais on le trouve, lâche Odile Sanson, de l’atelier finissage.On va plus loin que le simple échange d’informations. On arrive à glisser quelques phrases rigolotes. »

Après un premier stage à Sèvres, en 2015, Maureen confirme à Quimper ses intentions de devenir céramiste. Sur son ardoise blanche, l’apprentie efface les derniers échanges et écrit, sans détours, son envie : « J’aimerais beaucoup rester et travailler ici. »

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