Sourd – aveugle, Xavier prêt à courir les 42,195 km

C’est un défi sportif immense que va tenter le Poitevin Xavier Guéret le 29 mai : terminer le marathon Poitiers – Futuroscope malgré son double handicap.

Dans les allées verdoyantes du parc de Blossac à Poitiers, les autres joggers prêtent à peine attention à lui. Sauf que Xavier Guéret, 56 ans, est sourd – aveugle. Victime du syndrome d’Usher, le menuisier de formation a perdu la vue à partir de l’âge de 22 ans avant de plonger dans l’obscurité la plus totale.

“ Je ne m’ennuie jamais ”

Son double handicap ne le freine pas dans ses projets. Le dernier en date ? Courir le marathon Poitiers – Futuroscope le dimanche 29 mai. Et le finir. L’année dernière, il avait bouclé le semi-marathon associé à son complice Guy Rontard. Celui-ci, habitué des longues distances, sera à nouveau son guide pour ce périple.
A proximité du départ, Xavier affiche son éternel sourire. A ses côtés, Catherine Gervais, l’accompagnatrice à laquelle il est relié par une corde au poignet pour courir, confirme : « C’est vrai, il est en forme ». C’est elle, également sa traductrice et son auxiliaire de vie, qui répercute ses propos. Le duo communique en langue des signes tactile au creux des mains.

Sa vie au quotidien

« J’habite au foyer d’hébergement de Saint-Éloi à Poitiers où j’ai pas mal d’amis. Avec ma tablette en braille, je peux communiquer avec les gens que je connais dans toute la France. J’aime bien lire le journal aussi. Physiquement, je m’entretiens en faisant du rameur et du vélo d’appartement. Je ne m’ennuie jamais. Simplement, je vais à mon rythme, j’ai besoin de temps pour m’imprégner des choses. »
Catherine Gervais : « J’accompagne Xavier dans ses déplacements en dehors de son foyer et de son travail où il est suivi par des éducateurs, c’est-à-dire pour la pratique sportive, les sorties ou les repas de famille. »

Son travail

« Je travaille à mi-temps à l’Esat de la Chaume à Saint-Benoît à l’atelier de repassage. Je repasse toute sorte de vêtements. J’adore, ce n’est jamais pareil. »

Sa participation au marathon

« L’an passé, avec Guy, j’étais arrivé au bout du semi-marathon sans m’arrêter. C’était très important pour moi même si j’étais très fatigué. Le bilan était positif et je me suis dit que je pouvais aller plus loin. Beaucoup m’encourageaient à faire le marathon. On s’est décidé en septembre dernier »

Sa préparation

« Je fais deux séances par semaine. Le mardi, je m’entraîne au stade de Smarves avec Guy. C’est assez intensif. Le mercredi, on court à Blossac avec Catherine. On ajoute une troisième séance en fonction de l’emploi du temps et j’ai réalisé des sorties longues avec mon frère Guy-Marie, un ancien champion de course à pied. Pour la première fois, Catherine a couru avec moi à Saint-Maurice-la-Clouère en octobre. Le terrain était caillouteux, pas évident. C’est bien d’avoir une deuxième personne pour me guider. »
Catherine Gervais : « Je ne m’estime pas encore capable de faire un marathon mais je vais demander aux organisateurs de pouvoir les suivre sur les derniers kilomètres. »

Son état d’esprit

« Je n’ai pas trop de stress car je me sens dans de bonnes dispositions. Mon frère me donne des conseils précieux. Il m’a dit de ne pas partir trop vite car c’est dur à partir du 35e km. »

Sa course préparatoire

« Au semi-marathon de Châtellerault, le lundi de Pâques, on est partis un peu avant le peloton pour éviter la bousculade. Les autres coureurs sont respectueux et personne ne s’approche trop. Pourtant, je suis tombé dans le dernier kilomètre. J’étais blessé sur tous le flanc, à l’épaule, au coude et au genou ce qui m’a valu deux semaines d’arrêt de travail. Comme je ne vois pas et n’entends pas, je connais des problèmes d’équilibre dès que le terrain n’est pas trop régulier. »
Catherine Gervais : « Surtout, il ne faut pas toucher Xavier. Une fois, quelqu’un lui a mis une petite tape dans le dos pour l’encourager et il a failli chuter. Il était déstabilisé. »

Son objectif

« Guy pense qu’on peut faire environ 4 heures. Moi, je veux déjà terminer. »

Si vous voulez encourager Xavier Guéret avant sa tentative, vous pouvez lui envoyer un message à xaviergueret. saint-eloi@ orange. fr

en savoir plus

Le premier sourd – aveugle de France à obtenir sa ceinture noire de judo

Jean Lopez, l’actuel président du Stade Poitevin Judo, était déjà aux commandes du club quand Xavier Guéret est devenu le premier sourd – aveugle en France à décrocher sa ceinture noire de judo à Tours en 2007. « Xavier a une volonté extraordinaire, une vraie joie de vivre et toujours le sourire, apprécie le dirigeant. C’est un exemple pour les gens qui l’entourent, mais aussi pour tous les jeunes. Il s’était lancé à corps perdu dans ce challenge. » L’entraîneur Denis Xavier, qui encadrait Xavier Guéret dans sa progression, se souvient que « la chose n’a pas été facile, car Xavier a commencé le judo alors qu’il était complètement aveugle. A raison de huit heures d’entraînement par semaine et d’un dossier de six pages intégralement traduites en braille, il a pu arriver au top pour le passage de ceinture après trois ans de travail. Il a su se dépasser là où d’autres se seraient peut-être découragés. C’est un formidable exemple de ténacité, de courage et d’intégration par le sport. »

Source http://www.lanouvellerepublique.fr © 25 Mai 2016 à Poitiers
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