La main des sourds

A la une > Le CHU étend l’accès aux soins en langue des signes

L’unité de soins et d’accueil des sourds accueille 1.000 patients par an. Ses horaires sont étendus depuis le 1 avril.

2016-5-11

Devant son écran d’ordinateur, au CHU, l’intermédiatrice est en pleine conversation. Grâce à sa webcam, elle communique en langue des signes avec un patient. Cette intermédiatrice, sourde, est l’une des trois membres de l’équipe de l’unité de soins et d’accueil des sourds créée au CHU de Poitiers depuis 2011. L’unité compte aussi une secrétaire et un médecin entendants, qui pratiquent la langue des signes.

Un projet mené
avec les sourds

« Dans les années quatre-vingt-dix, le sida faisait des ravages et on s’est rendu compte que la campagne de prévention ne fonctionnait pas auprès des personnes sourdes, rappelle le Dr Jérôme Laubreton, responsable de cette unité. Au contraire, quand un médecin annonçait à un sourd qu’il était séropositif, l’emploi de “positif” faisait penser au patient que c’était bien… Au niveau national, des associations et le Dr Dagron se sont mobilisés, et une consultation expérimentale a été créée à la Salpêtrière en 1996: elle a rencontré un très grand succès. » Un rapport a ensuite préconisé la création de telles consultations dans différentes villes de France, pour que les sourds rencontrent des soignants dans leur langue, c’est-à-dire la langue des signes, et sans la présence d’un interprète. Poitiers aurait dû en faire partie… mais il faudra attendre quelques années pour que l’unité de soins et d’accueil soit créée, en 2011. « Les sourds de Poitiers se sont mobilisés et ont entamé un projet de santé communautaire, en évaluant les problèmes et proposant des solutions, poursuit le Dr Laubreton. Aujourd’hui encore, nous travaillons avec eux. »

Supports visuels

Dès son ouverture il y a cinq ans, l’unité a reçu les sourds (enfants et adultes) en très grand nombre: 1.000 consultations par an, alors qu’elle n’était ouverte que trois demi-journées par semaine jusqu’à présent. Depuis le 1 avril, elle fonctionne désormais à temps plein. Outre l’extension de créneaux de consultation, ce changement va aussi permettre à l’unité d’approfondir ses autres missions: sensibiliser l’ensemble des soignants du CHU et les futurs médecins, suivre les patients sourds hospitalisés, écrire des articles et suivre des thèses, intervenir dans d’autres lieux que le CHU…
La consultation du médecin permet de soigner le patient, mais aussi souvent de rattraper des retards de dépistages de pathologies chroniques ou de compréhension de ces pathologies: « Les entendants baignent dans un flux d’informations en permanence, mais les sourds n’y ont pas accès: beaucoup ne savent pas forcément ce qu’est une phlébite, ou le cholestérol… Je me sers beaucoup de supports visuels: des schémas, des fiches qu’on élabore avec l’intermédiatrice, parfois je dessine… ». Pour le cholestérol, le Dr Laubreton sort un tuyau représentant une artère bouchée: très éloquent! En cas de besoin de consultation d’un spécialiste, l’unité se charge de prévoir la présence d’un interprète ou de l’intermédiatrice. « Cette personne sourde soignante est un pont culturel entre entendants et sourds. Son rôle est de s’assurer que dans chaque situation, le message a bien été compris. Beaucoup d’entendants croient que si le message est écrit, il peut être compris mais ils n’ont pas conscience qu’il y a un déficit linguistique parmi les sourds. » Le Dr Laubreton insiste: « Une enquête de satisfaction, menée en décembre dernier, a montré que plus de la moitié des patients n’auraient pas consulté si la consultation n’avait pas été en langue des signes: cela montre l’étendue de la problématique de l’accès aux soins des sourds. »

Contact: 05.49.44.34.20, 06.30.08.10.20 ou sas@ chu-poitiers.fr
> Cet article est le dernier de notre série « A la rencontre des sourds ».

en savoir plus

Une consultation à Laborit

> Depuis janvier, un centre médico-psychologique en langue des signes, pour les adultes, a été créé au sein du centre hospitalier Henri-Laborit. L’équipe est placée sous la responsabilité du Dr Laurence Perault, psychiatre, et compte une intermédiatrice sourde, une infirmière et une secrétaire médicale signantes.
Contact: CMP Signes, 05.49.38.32.36 ou 07.85.01.96.89 ou cmp-signes@ ch-poitiers.fr
> Il existe également un service national d’urgences pour les personnes sourdes ou malentendantes: le 114. Il s’agit d’un numéro unique, national, gratuit, accessible par SMS ou fax, 24/24, 7/7, qui permet de joindre des agents qui contactent directement le Samu, la police-gendarmerie ou les pompiers.

Source : http://www.centre-presse.fr © 10 Mai 2016 à Poitiers

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