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A la une > Nancy : bilinguisme chez les sourds

L’institut des jeunes sourds de la Malgrange ouvre un nouveau cursus unique dans le Grand Est.

2016-4-8
Jacques Célérier : « Ce n’est pas par militantisme que nous intégrons la langue des sourds comme langue d’enseignement, mais pour répondre aux besoins spécifiques de certains enfants »

C’est une première dans la région (la grande !), et probablement une formule inédite en France. Que l’équipe de l’Institut des jeunes sourds de la Malgrange de Jarville prépare depuis près de 5 ans : une classe bilingue. Une classe bilingue français/français… Ou plus précisément langue des signes française/français. Autrement dit les enseignements s’appuieront à la fois sur le geste et sur la parole (ou l’écrit). À l’usage d’un public bien spécifique.

Pour prendre la mesure de la nouvelle, rappelons quel chemin la langue des signes (LSF) a dû faire ces dernières décennies, depuis l’époque (pas du tout bénie) où elle était tout simplement bannie. « Je me souviens qu’à mes débuts d’enseignante devant une classe de jeunes sourds, on m’interdisait le moindre signe », rappelle par exemple Eufémia Ragot, aujourd’hui directrice pédagogique à l’institut. Depuis, la LSF s’est largement libérée et imposée. Elle est devenue une langue de communication courante, mais aussi une langue enseignée, et enfin une langue d’enseignement. Autrement dit un outil pédagogique permettant d’accéder au savoir quel qu’il soit.

Langue des signes, langue maternelle

À l’institut des jeunes sourds, tout le monde la pratique aujourd’hui. Même si le passage par l’oral reste un outil majeur de la pédagogie à l’égard de beaucoup des déficients auditifs. « Notamment parce que le souci d’insertion socioprofessionnelle de chacun, à terme, reste notre priorité », comme le souligne le directeur des lieux Jacques Célérier. « Mais le fait est qu’on voit arriver des enfants sourds nés de parents sourds, qui d’emblée ont donc baigné dans la langue des signes. Et ils la manient très bien. »

Si bien qu’on peut en faire un solide levier d’apprentissage, que ce soit pour les disciplines scolaires (à commencer par l’entrée dans l’écrit), ou la simple socialisation. « Ça concerne peu d’enfants, peut-être 5 %, mais ici nous nous efforçons depuis toujours d’offrir des parcours scolaires différenciés, en fonction des profils et besoins de chacun. Et des attentes des parents. » Jusqu’à atteindre cinq modalités de scolarisation. Plus une.

Le bilinguisme enrichira en effet le panel des enseignements prodigués ici dès la rentrée prochaine. Et s’adressera à une trentaine d’enfants et ados à divers stades de la scolarisation. Une classe sera ainsi ouverte au niveau élémentaire (cycle III). « Mais, et c’est là notre spécificité, nous ne voulions pas nous arrêter à l’élémentaire, alors nous avons fait en sorte qu’avec un collège et un lycée partenaires, on puisse aussi ouvrir une classe de 5e et dispenser des enseignements bilingues en seconde. »

Ce qui ne va pas sans une énorme préparation en amont, en particulier en termes de formation. Car si le corps enseignant de l’institut use couramment de la langue des signes, c’est à titre de communication. « Or là, il s’agit non seulement qu’on soit à leur niveau de maîtrise de la langue des signes », souligne Eufemia Ragot, « mais aussi en capacité de les aider même à l’améliorer. » Les professeurs destinés à intervenir dans le cadre du bilinguisme ont atteint l’excellence, et l’ensemble des intervenants, à tous niveaux de l’institut, a très sensiblement élevé son niveau. Ce qu’on appelle un signe… fort en faveur du bilinguisme.

Source : http://www.estrepublicain.fr © 8 Avril 2016 à Nancy
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