La main des sourds

A la une > “La langue des signes tactile est un challenge passionnant”

Marion Le Tohic est interprète en langue des signes française. Elle signe ici les mots « langue des signes ».

Marion Le Tohic est interprète en langue des signes. Elle a choisi de s’installer à Poitiers pour exercer.

A 36 ans, Marion le Tohic est interprète en langue des signes française (LSF) depuis 2005. Elle a créé sa propre entreprise, INT, et a choisi de s’installer à Poitiers, depuis 2007, pour exercer sa profession.

Comment est né votre intérêt pour la langue des signes?

Quand j’étais enfant, j’ai vu Emmanuelle Laborit (N.D.L.R.: comédienne sourde) aux Molière, à la télévision. Elle m’avait fascinée. Elle avait demandé à toute l’assemblée de faire le signe de la solidarité, ça m’avait marquée. Puis lorsque j’ai fait mes études à l’université de Nanterre, en expression théâtrale, j’ai été volontaire pour aider des étudiants aveugles en rédigeant pour eux, et en échange il y avait des cours de langue des signes.

Et vous avez choisi d’en faire votre profession?

J’ai beaucoup aimé et j’ai ensuite appris sérieusement pour devenir interprète. J’ai mis deux ans pour bien apprendre, puis un an pour me perfectionner au contact de sourds. J’ai ensuite fait l’ESIT, l’école d’interprètes à Paris, qui a une section pour la LSF. Comme n’importe quelle langue, c’est un peu difficile au début, surtout pour parler avec le corps, le visage, montrer du doigt, faire des grimaces…

Pourquoi avoir choisi Poitiers?

J’ai un peu travaillé à Paris au début puis j’ai choisi Poitiers en raison de la présence d’une grande communauté sourde. C’est sans regret! Le travail dépend selon les jours, les mois, les années… Cette année par exemple, je traduis beaucoup pour l’université, en accompagnant une étudiante en histoire de l’art dans beaucoup de ses cours. Le reste du temps, cela dépend des demandes: je travaille pour des particuliers, des associations, des institutions, la justice… J’interviens beaucoup auprès des personnes sourdes-aveugles, en langue des signes tactile, que j’ai apprise à Poitiers: cela me convient bien, c’est un challenge pour l’interprétation mais c’est passionnant. Je donne aussi des cours à l’ESIT à Paris, une fois toutes les deux ou trois semaines. A Poitiers, il est vraiment possible d’exercer à temps plein et d’en vivre.

En tant qu’interprète, quelles sont vos obligations?

Nous avons trois devoirs: le secret professionnel; la neutralité, c’est-à-dire qu’on traduit sans donner un avis; et la fidélité. Il faut être fidèle au sens et au message, mais la forme peut être changée car on ne peut pas traduire « mot à mot ». Quand il n’y a pas de signe équivalent à un mot, on peut épeler ou traduire en passant par une périphrase. C’est surtout dans des registres techniques qu’il manque des équivalents directs. En tant qu’interprète, il faut aussi se tenir au courant en permanence des évolutions de la langue: il y a un travail de veille et d’entretien des compétences.

Contact: Marion Le Tohic, INT, 06.40.74.85.04, int.poitiers@ gmail.com
A suivre: Centre Presse publie chaque mardi un article dans cette rubrique « à la rencontre des sourds ».

en savoir plus Elle traduit François Morel Sur son temps libre, et à son initiative, Marion Le Tohic a traduit, en début d’année, certains des billets que François Morel livre chaque vendredi sur France Inter. « Les sourds n’ont pas du tout accès à ce genre de discours un peu subversif, or la radio est un bon outil pour prendre du recul. » Avec la permission du chroniqueur, elle a traduit et mis en ligne sur la page facebook de son entreprise deux chroniques. « Je ne peux pas les traduire toutes, certains jeux de mots ne peuvent être traduits. Et c’est long à traduire car il y a beaucoup de références et François Morel a un débit rapide! J’ai eu des retours positifs de la part de sourds. Il y a une forme d’éducation populaire et cela a beaucoup de sens pour moi. »

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