A la une > Un échange original entre sourds et entendants met l’art du geste à l’honneur au « café signes »

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Lyna, atteinte de surdité et Mina, interprète, se comprennent grâce à la langue des signes.?
Au « café signes » organisé une fois par mois au Coffeez de la rue Jean-Jaurés, la version actée de la langue française révèle toute sa beauté.

Les odeurs de café enveloppent le silence étrange qui règne dans la petite salle. Un murmure apaisant se fait pourtant entendre. Est-ce celui des curieux venus assister à la rencontre ? Ou tout simplement celui du bonheur partagé, comme dans un film documentaire montrant une tranche de vie sur une musique de fond ? Une vingtaine de participants s’est réunie, samedi, au coffee-shop « Coffeez » de la rue Jean-Jaurès, avec un objectif commun : créer une bulle d’échange amical authentique pour crever celle dans laquelle les sourds et malentendants sont enfermés.

« Est-ce qu’il y a des gros mots ? »Une initiative nommée « Café signes » que Nadia, la gérante de l’établissement, accueille pour une bonne raison : « C’est naturel de proposer cela à Tulle. La surdité est un handicap qui ne se voit pas, mais qui est pourtant bien là. Ma belle-fille en est atteinte », explique-t-elle en montrant Lyna, huit ans. Mais la fatalité n’était pas du tout à l’ordre du jour samedi : un seul regard suffit pour comprendre qu’un sourire franc en dit bien plus que des mots. « Savoir signer apprend à devenir beaucoup plus observateur », confirme Antony. Avec une amie et collègue, Nadine, les deux éducateurs spécialisés sont à l’origine de cette rencontre originale entre sourds et entendants. « La langue des signes est l’expression du corps. Il faut être à l’aise, se décontracter. D’ailleurs après quelques verres on est toujours plus doués ! » dit avec humour Antony, natif d’Angleterre et installé en France depuis 30 ans. On le dit : l’alcool rend meilleur en langues étrangères ! L’apprentissage du langage des signes est similaire à celui de tout autre : « Chaque phrase a sa propre syntaxe. C’est un peu comme du « petit-nègre », mais chaque signe a sa propre place dont il faut respecter l’ordre pour que cela fasse sens », explique Pierre, 68 ans, grand-père d’une petite fille de 7 ans malentendante. Il prend deux heures de cours par semaine et participe au café signes une fois par mois, à Coffeez, pour apprendre à communiquer avec elle. « Cela a changé ma vie », confie-t-il.Et puis, il y a toujours ces choses que les curieux apprennent en premier lorsqu’ils découvrent une langue : « Est-ce qu’il y a des gros mots ? » demande, à la fois fasciné et facétieux, Fabien, 32 ans, qui vient pour la première fois à cette séance. Antony ne tarde pas à éclater de rire. Et n’hésite pas non plus à lui enseigner ces quelques éléments utiles.

Un peu plus loin, Didier, 63 ans, atteint de surdité, explique ce qu’est la « culture des sourds » : « Je suis né à Paris, j’ai grandi dans une pension spécialisée. J’ai toujours milité pour qu’on reconnaisse l’importance de la langue des signes. Aujourd’hui, les gens sont beaucoup plus ouverts et curieux », dit-il. Car cette langue n’est pas utile seulement pour les sourds et leur entourage. « On s’en sert aussi pour communiquer avec des personnes atteintes d’autisme ou encore de trisomie », précise Antony pour expliquer l’épanouissement que procure l’art du geste. Une jeune maman confirme : « Je m’en sers avec mon bébé de 14 mois qui entend parfaitement. Communiquer par les gestes leur apprend à éviter les situations d’incompréhension et de frustation. »

L’art de faire du théâtre !Après un moment d’hésitation, à peine perceptible, sur quelques mots, Antony finit par confier : « Je suis bègue. Quand je signe, les gens ne s’en rendent pas compte », sourit celui qui, non seulement est de nature très bavard mais qui, en plus de traverser les frontières européennes, a aussi franchi celles des différences. Bref, tous ont échangé durant un après-midi entre amis. Un moment perturbant pour ceux qui ne maîtrisent pas la langue des signes. « Finalement, c’est nous qui sommes en situation de handicap », sourit une participante avec une expression d’effort intense. « C’est presque du théâtre. C’est l’expression du corps, comme en danse » conclut Antony. Le célèbre chanteur Yuri Buenaventura l’a dit : « Danser, c’est comme parler en silence. C’est dire plein de choses sans dire un mot ». Il semblerait que le café signes transmette lui aussi cette philosophie.

Pratique. Plus d’informations : contacter Antony Endean au 06.13.03.79.28 ou par email : endean@club-internet.fr

[box type= »note » align= » » class= » » width= » »]Source : http://www.lamontagne.fr © 17 Février 2016[/box]

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