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A la une > Des clowns qui soignent

Animatrices en Ehpad, psychologue, aides-soignantes, bénévoles, une dizaine de personnes, des hôpitaux de Cernay et Moosch et du réseau Apa, ont suivi une formation approfondie pour devenir clown relationnel. Cette démarche, basée sur l’empathie, permet de rétablir un lien avec des personnes dépendantes, notamment les malades d’Alzheimer.

Avec Romaine, qui est sourde et muette, la relation s’est créée par les gestes, les regards, les sourires. « C’était une belle rencontre », confie Nadège après avoir quitté son nez de clown.

 

Quelques mots à peine chuchotés et surtout un immense sourire, un regard pétillant et des gestes d’une grande douceur, des mains qui caressent parfois ou qui dansent… Entre Romaine et le clown, la rencontre est si belle qu’elle captive les gens autour. La vieille dame prend la main du clown et l’emmène au bout du couloir : elle veut lui présenter son mari. Tous les deux sont sourds et muets. Mais avec le clown, une conversation à trois s’engage, animée et joyeuse.

Un peu plus loin, un autre clown, petit lutin tout en rouge, se penche vers Liliane, calée dans son fauteuil et plutôt dubitative. Il faudra un bon moment pour que naisse l’échange. « J’ai de la chance, qu’est-ce que j’ai appris comme choses avec vous ! », lancera finalement le clown à la mamie. « Vous m’avez aussi appris », répond Liliane. Des sourires, quelques phrases en alsacien et… « Hopsa boum ! », conclut Liliane. Le clown la quitte visiblement ému.

« Des personnes qu’on pensait éteintes se réaniment »

Derrière les nez rouges, des femmes. Salariées ou bénévoles en Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), en service de gériatrie ou en accueil de jour, elles achevaient cette semaine, à l’Ehpad des Écureuils à Mulhouse, une formation de 39 jours – étalée sur trois ans – pour devenir des clowns relationnels. Cette démarche, créée par le Belge Christian Moffarts et son épouse il y a près de quarante ans (lire ci-contre), est basée sur l’empathie et la communication affective. « Par le regard, la voix, des personnes qu’on pensait éteintes se réaniment, observe Christian Moffarts.On arrive à rétablir le contact avec des personnes apparemment non communicantes, qui perdent de plus en plus le cognitif et reviennent aux intelligences perceptives, comme le tout jeune enfant. »

Les clowns relationnels interviennent en duo, pour des séances d’une heure et demie. Ce n’est pas du spectacle, c’est de la « clown-thérapie ». Nadège, animatrice chargée de la coordination au centre hospitalier de Cernay, a découvert cette méthode après avoir fait « le constat que l’animation avait ses limites ». Les interventions en gériatrie de Jacqueline Rivet, une retraitée devenue clown relationnel, l’ont convaincue que c’était la bonne voie. « De très belles choses se sont passées. On a vu les grands bienfaits de la clown-thérapie, notamment pour les troubles du comportement », relate Nadège.

C’est elle qui est à l’initiative du projet au centre hospitalier de Cernay. Ce dernier a pris en charge la formation pour six personnes, deux animatrices, deux aides-soignantes de gériatrie et une de la maison de retraite ainsi qu’une bénévole. « L’établissement a fait un gros effort financier », souligne Nadège. Se sont greffées à ce groupe deux salariées du réseau Apa, une de l’hôpital de Moosch et une bénévole intervenant à la maison de retraite de Bitschwiller-lès-Thann.

« Apprendre à être présent dans l’instant »

En toute fin de formation, Nadège dit ressentir « un mélange d’exaltation et de crainte » à l’idée d’intervenir bientôt en autonomie. « Accompagner les résidents en difficulté me tient très à cœur », confie l’animatrice qui a été auparavant aide-soignante, mais n’en pouvait plus de n’être « que dans le faire ». « J’avais déjà eu des formations sur le bien-être, mais là, c’est vraiment une “formation-transformation”. Il s’agit de désapprendre notre formatage pour apprendre à être présent dans l’instant. »

« C’est aussi un cheminement vers soi », confirme Rita. Psychologue en accueil de jour au sein du réseau Apa, elle a suivi la formation dans le cadre du Dif (droit individuel à la formation). « Prendre soin de soi pour prendre soin des autres, c’est ma réflexion actuelle. Je compte faire des propositions dans ce sens à l’organisme de formation interne de l’Apa. »

Dans son service, Nadège constate déjà une évolution. Ses collègues commencent à adopter une vision nouvelle : « On se pose la question de ce qui peut provoquer l’agressivité des résidents et on cherche ce qui peut être modifié dans l’environnement. » Car les fondements de la clown-thérapie peuvent être appliqués à tout moment, sans nez rouge, souligne Christian Moffarts. « Le nez rouge apporte une magie supplémentaire ! »

Source : http://www.lalsace.fr © 18 Novembre 2015

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