A la une > Malentendants, ils travaillent à l’unisson

Créée en 2004 dans le pays d’Auray, la société de peinture Le Gloahec emploie quatre salariés, dont trois personnes malentendantes. Une équipe soudée, autour de son patron, Bruno.

La Semaine de l’emploi des personnes handicapées se termine ce week-end. En France, le taux de chômage des salariés en situation de handicap reste deux fois supérieur à la moyenne et progresse plus vite. Loin de ces difficultés, il est dans le pays d’Auray une société tout aussi exemplaire que discrète : l’entreprise de peinture Le Gloahec compte quatre salariés, dont trois personnes malentendantes.

« Cela étonne tout le monde, mais cela s’est fait comme ça, de fil en aiguille, glisse Bruno Le Gloahec, 52 ans, le chef d’entreprise.Pour moi, c’est normal. » Peintre en bâtiment, il s’est mis à son compte en 2004, à Erdeven. La société qui l’employait auparavant venait de fermer. Tout naturellement, il recrute « quinze jours après », son ancien collègue Florian Duchateau, Alréen âgé de 35 ans, malentendant. « Cela s’est super-bien passé. »

Les années filent et l’équipe s’étoffe. En 2011, Bruno Le Gloahec embauche Sébastien Moullec, 34 ans, également malentendant. Un ancien camarade d’école de Florian : « On était en classe ensemble en primaire », explique-t-il. C’était au centre Gabriel-Deshayes, à Brec’h. Ensuite, tous deux ont passé un CAP peinture au CFA de Vannes. Sébastien détient aussi un CAP électricien.

« Équipe super »

Depuis un an, Lucile Desrochers, 25 ans, en CDD, complète l’effectif. Après un cursus en peinture au Greta (un CAP en formation continue) à Rennes, cette jeune femme originaire de l’Orne cherchait une place dans le pays d’Auray, pour raisons personnelles. La peinture ? « Je suis allée deux ans en fac de géographie à Rennes. Mais, depuis que je suis petite, j’aime bricoler, travailler avec les mains. »

En ce moment, l’entreprise travaille sur le chantier de rénovation d’une maison, aux Sept-Saints, à Erdeven. « Au début, la clientèle était parfois surprise. Maintenant, cela va très bien. Elle s’est adaptée », observe Bruno. Son épouse, Marie-Christine, qui l’aide pour le secrétariat (en plus de son propre emploi d’aide-soignante), se souvient quand même d’une réflexion improbable, entendue de la part d’une dame : « Elle m’a demandé : « Vous savez qu’ils sont malentendants et vous les laissez seuls ? » » Marie-Christine en est restée «scotchée ».

Par-delà les clichés, Bruno ne retient qu’une chose : « J’ai une équipe super, qui bosse bien. » Il perçoit des aides de l’Afegiph pour Florian et Sébastien, en CDI. « Cela aide, mais ce n’est pour ça que je les ai embauchés. » Pour communiquer, il a appris « quelques mots » de la langue des signes. Entre professionnels du bâtiment, les échanges sont intuitifs. « C’est un super-patron », résument ses salariés, qui reprennent un mot : « Confiance. »

Deux fois par semaine, tous déjeunent ensemble. « Pour le briefing du lundi et pour finir la semaine. » Un autre lien s’est tissé, autour du sport. Cette rentrée, une équipe de footballeurs sourds et malentendants a été relancée à Auray : Sébastien est le président du club, l’OCSPA ; Florian fait aussi partie des joueurs. Et l’entreprise Le Gloahec est le sponsor « survêtements ». « Je ne pensais pas que je serais allé aussi loin, sourit Bruno Le Gloahec, en évoquant son parcours. C’est chouette. »

Source : www.ouest-france.fr © 21 Novembre 2015

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