A la une > Une Roannaise plaide pour une meilleure prise en compte de la surdité dans l’arrondissement

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Femme, mère et citoyenne avant d’être sourde, Christine Adrion observe depuis douze ans l’inertie dans le Nord du Département quant à l’amélioration de l’accessibilité pour les sourds. Fatiguée, elle ne baisse pas les bras pour autant et entend bien défendre, auprès des pouvoirs publics, la cause de ceux qui n’entendent pas.
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« Un jour, un medecin a refusé l’interprête sous pretexte qu’elle ne comprendrait pas les termes médicaux. C’est un manque de respect ! J’ai du rester quinze minutes assises avant qu’il ne cède. Et l’interprête a très bien fait son travail », raconte Christine.

La loi handicap de 2005 visait notamment à fixer les modalités d’accessibilité des administrations et services publics pour les personnes sourdes. Ces dernières, en prévenant à l’avance, devaient, en théorie, pouvoir bénéficier d’interprètes français\langue des signes française (LSF) ou, a minima, de services de visio-interprétation. Pourtant, dix ans plus tard, lorsque Christine se rend au centre hospitalier de Roanne, elle est obligée de financer elle-même la venue d’une interprète stéphanoise. Une dépense sans laquelle elle serait condamnée à devoir se contenter d’un « résumé » de la part des soignants. « Je ne peux pas avoir une moitié d’information. J’aimerais être à égalité avec tous les autres », plaide-t-elle. Et de regretter qu’en douze ans de vie sur le territoire, « il n’y a pas eu d’évolution de la situation pour les personnes sourdes ».

Pourtant, Christine est loin d’être attentiste : « J’ai déjà informé les pouvoirs publics et rencontré des dirigeants de l’hôpital. J’ai demandé à ce qu’il y ait au moins un interprète disponible. C’est la loi ! Mais on me redirige vers Grenoble parce qu’ils ont une unité de soin pour les sourds. Je ne vais pas aller à Grenoble… On est toujours obligé d’aller ailleurs ! Je suis Roannaise, j’aime cette ville, je veux rester. »

« On est toujours obligé d’aller ailleurs »Aussi, aujourd’hui, Christine est déterminée à sortir du silence et du sentiment d’isolement qui règne souvent chez les sourds. « Je suis une contribuable comme les autres. Je voudrais participer à la vie locale, mais je ne peux pas. J’habite à Villerest et parfois il y a des conférences ou des débats qui m’intéressent et à chaque fois je demande à ce qu’il y ait un interprète. Mais c’est toujours trop tard. Nous ne sommes jamais pris en compte », regrette Christine. Même fatalisme quand elle regarde du côté du théâtre – alors que des compagnies comme On\Off (Lyon) travaillent autour de la surdité – ou du cinéma et le sous-titrage, loin d’être systématique, des films français.

« Pour les sourds, il ne se passe rien à Roanne. Socialement, c’est difficile ». Même s’il existe un club sportif des sourds, ses membres « sont aussi fatigués. Ils sont beaucoup à avoir baissé les bras en voyant que rien ne bouge ». Par ailleurs, le territoire ne dispose plus de cours de langue des signes depuis bien longtemps.

Il suffirait d’un signe

Pourtant, il suffirait d’un signe des décideurs pour redonner de l’espoir. À Saint-Etienne, une entreprise, Megaphone, propose ainsi des cours de LSF et développe des actions de sensibilisation, comme des visites guidées signées ou des interventions en entreprise, en partenariat avec les élus et les industriels. « Ils ont déjà contacté la Ville de Roanne qui ne s’en est pas saisi, c’est dommage. »

« Je veux savoir ce qui se passe »

S’il est difficile de savoir combien de sourds résident dans le Roannais, Christine Adrion est sûre d’une chose : il faut que le regard change. « Souvent, les gens disent : « Tu es sourd, tu ne peux pas faire ça ». Laissons les gens décider de ce qu’ils peuvent faire ou non ». Et ce que Christine aimerait pouvoir faire est simple. Elle souhaiterait déjà qu’en janvier, « pour les v’ux du maire, il y ait un interprète. Ce serait chouette. Je veux savoir ce qui se passe, ce qui se dit », explique celle qui précise, par ailleurs, qu’elle n’est pas malentendante, mais bel et bien sourde. « Malentendant, c’est un terme médical, mais il est négatif. Il insinue que l’on fait mal quelque chose. C’est comme si je disais mal blonde pour parler d’une brune. Moi je suis sourde, c’est mon identité ».

Source : http://www.le-pays.fr © 1 Octobre 2015

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