La main des sourds

Fini le dialogue de sourds chez le médecin

Les soignants vaudois s’initient enfin à la langue des signes grâce à Odile Cantero, chercheuse à l’UNIL.

Odile Cantero (à gauche) consacre sa thèse en psychologie aux problèmes d’accès aux soins des personnes sourdes. La faute à une communication souvent difficile avec les professionnels de la santé.

Odile Cantero veut faciliter l’accès aux soins des personnes malentendantes. Cette bataille est bien lancée. L’an dernier, cette chercheuse en psychologie de l’UNIL lançait le projet Breaking the Silence avec le Mouvement lausannois des étudiantEs travaillant contre les inégalités d’accès à la santé (M.E.T.I.S.).

Unique en son genre, le programme a reçu le Best Swimsa Project Award 2015, un prix délivré par l’Association suisse des étudiants en médecine qui récompense le meilleur projet en santé du pays imaginé par ses membres.

Tout est parti d’un constat: pas un seul médecin vaudois ne parle la langue des signes, et trouver un interprète pour une consultation relève du parcours du combattant.

Odile Cantero consacre sa thèse aux problèmes d’accès aux soins des personnes sourdes; elle connaît bien les conséquences d’une communication difficile. Confrontés régulièrement à des expériences malheureuses, certains malades hésitent à consulter, le font tardivement et risquent de mal comprendre les prescriptions. Breaking the Silence veut inverser la vapeur en sensibilisant les médecins et en leur apprenant les rudiments de la langue des signes.

Un réel engouement

Le succès des cours dispensés au CHUV avec l’appui de la Fédération suisse des sourds a été immédiat. «Nous avions prévu une classe, au final, il y en a eu neuf entre novembre 2014 et juin 2015, rapporte Odile Cantero. Au total, 126 étudiants en médecine ou professionnels de la santé ont participé et 14 sont inscrites pour ce mois. Il nous reste encore une dizaine de personnes en liste d’attente, et nous recevons régulièrement de nouvelles inscriptions.» Des cours de niveau 2 seront bientôt dispensés.

La jeune femme est la première surprise par cet engouement: «Beaucoup de participants sont venus parce qu’ils se souvenaient de rencontres avec des patients sourds qui ne s’étaient pas bien passées. Il faut que les soignants comprennent que, pour les personnes malentendantes, le français est une langue étrangère, exactement comme le chinois pour vous et moi.»

Son objectif: qu’un professionnel au moins maîtrise la langue des signes. «J’ai bon espoir. Trois étudiants en médecine ont commencé des cours approfondis.»

Source : http://www.24heures.ch © 11 Octobre 2015

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