Fabien, de la surdité à l’apprentissage de la parole

0

Depuis la naissance, Fabien Pavard vit dans un monde silencieux. Un handicap dû à une malformation. Il y a huit ans, il a choisi de se faire poser un implant auditif. Une décision qui a changé sa vie.

Un chapeau vissé sur la tête, il traverse la rue, s’appliquant à bien regarder des deux côtés de la chaussée. Depuis sa naissance, Fabien Pavard est sourd. « Personne ne s’en est rendu compte au début, raconte le trentenaire. Ce n’est qu’à l’âge de trois ans que ma surdité a été diagnostiquée par les médecins, car je ne parlais pas. »

Fabien est alors appareillé. Mais cette prise en charge tardive a affecté sa parole. « Mes joues n’étaient pas assez musclées, explique-t-il. Chez son orthophoniste, l’exercice, c’était de souffler sur une balle de ping-pong. À l’époque, les médecins ont aussi proposé à mes parents de m’envoyer dans un internat pour apprendre la langue des signes et suivre ma scolarité. »

Finalement, ils optent pour un établissement à Laval. Chaque jour, Fabien fait l’aller-retour depuis Château-Gontier. « Il n’y avait qu’un groupe d’enfants sourds ou malentendants, au sein d’une école d’entendants », souligne Fabien. Les professeurs, spécialisés, utilisaient le langage des signes pour communiquer, « mais ils nous faisaient beaucoup travailler la parole ».

Lire sur les lèvres

Au collège, le Castrogontérien retrouve sa ville et entame un cursus à Saint-Michel où il n’étudie qu’avec des jeunes entendants, dans une classe à petit effectif. « J’en avais marre de faire la route chaque jour. Mes parents étaient d’accord pour que je fréquente une classe normale. Je lisais sur les lèvres et une orthophoniste m’accompagnait. Je revoyais les cours avec ma mère le soir, si jamais j’étais largué. »

Ensuite, direction Rennes pour Fabien, qui obtient un bac professionnel d’imprimerie au lycée Coëtlogon. Le jeune homme connaît alors deux années de chômage, avant d’être embauché comme préparateur de commandes de produits laitiers. Quatre ans après, Fabien prend la décision de se faire poser un implant cochléaire à l’oreille gauche. « J’ai quitté mon travail pour l’opération. Cette technique est plus efficace que l’appareil classique, précise-t-il. Au début, je n’appréciais pas trop l’esthétique, mais je ne regrette pas de l’avoir fait. »

L’intervention a eu lieu à Angers. « L’opération a duré une journée pour poser l’implant interne. L’implant externe n’a pas été mis dans l’immédiat, il y a toujours un laps de temps entre les deux. » Notamment pour la cicatrisation. « Certains ont des nausées pendant plusieurs jours. Ce n’était pas mon cas, mais j’ai perdu le goût sur un côté de la bouche pendant un mois. Ça fait bizarre »

Une longue rééducation

A commencé alors une longue rééducation à la maison et chez l’orthophoniste. Au fur et à mesure, Fabien découvre de nouveaux sons. «Ma mère m’amenait des objets en métal ou en bois pour que je reconnaisse certaines sonorités, se souvient-il. Puis la rééducation évolue. On écoute des lettres, des mots et des phrases. »

Fabien travaille désormais à la médiathèque de Château-Gontier. Régulièrement, avec une de ses collègues, il anime un atelier de lecture en langue des signes pour les tout petits.

Seul sourd de sa famille, il a découvert que son handicap est dû à une malformation de l’oreille. Aujourd’hui, il vit normalement grâce aux efforts qu’il a fournis, mais aussi grâce à sa famille et son entourage. « Mes parents ont toujours été là pour m’aider à progresser. Ils voulaient que je parle comme une personne entendante afin de gagner mon indépendance. »

Source : www.ouest-france.fr © 14 Juin 2015

Écrire un commentaire

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.