La surdité n’empêche pas de conduire à Château-Thierry

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L’Association des sourds et malentendants de l’Aisne multiplie les actions pour sortir ses adhérents de l’isolement. Elle accompagne l’un de ses membres au permis de conduire.

Cela fait 20 ans que Véronique espère un jour pouvoir obtenir le fameux papier rose, « le sésame de sa liberté ». Après de nombreux échecs dans différentes auto-écoles du territoire et des départements limitrophes, cette jeune femme sourde avait perdu espoir… Jusqu’à ce que l’Association des sourds et malentendants de l’Aisne (ASMA) se mette en quête d’une auto-école spécialisée.

La recherche a tourné court ! « Il n’y en a pas dans le département », confie Angélique Dutruge, traductrice en langue des signes (LSF). Elle a alors poussé la porte des différents exploitants de la Cité des fables, pour déceler le moniteur pouvant relever le défi de faire passer le permis à une personne malentendante ou sourde. En avril, elle a rencontré Benjamin Barbosa, installé place de l’Horloge dans le quartier des Blanchards.

Le permis de conduire, un outil d’insertion

Cet ancien moniteur indépendant a engrangé pas mal d’expérience chez les confrères avant de s’installer à son compte. « Les cas difficiles je connais, on avait tendance à me les refiler… » se souvient-il. Il affirme : « la surdité est largement compensée par le regard. Véronique n’est pas plus bête qu’une autre. C’est à moi de trouver les moyens pédagogiques pour la faire avancer ». Il a pris conseil auprès des auto-écoles spécialisé avant de se lancer et offert trois séances gratuites « pour être certain que le courant passe entre nous ». Sa méthode : prendre le temps. Benjamin Barbosa n’hésite pas à réexpliquer par des signes et des schémas au tableau même en présence de la traductrice en LSF.

La surdité n’est donc pas un handicap pour la conduite, à l’inverse le papier rose est considéré par le gouvernement comme « un outil d’insertion indispensable pour les personnes sourdes ou malentendantes ». Dans la continuité de la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, une note de septembre 2010 met en place les modalités de prise en charge des frais pour l’accompagnement du candidat par un traducteur en langue de signes (LSF) ou un codeur en langue parlée complétée française (LPC) durant les épreuves théoriques et pratiques du permis de conduire.

Véronique suit assidûment depuis mai les cours en groupe, elle passera bientôt l’examen. Pour la conduite, elle aura besoin de 43 heures d’apprentissage avant de se présenter devant un inspecteur selon son moniteur. Une fois le permis en poche, Véronique souhaite sortir de son isolement et avoir une vie sociale et culturelle. Bref, elle aspire à ce que toute femme souhaite : « se déplacer, faire les magasins, rendre visite à ses amis, aller au restaurant et rencontrer un compagnon… », traduit Angélique Dutruge.

Toujours dans cet esprit d’ouverture, l’ASMA « met en œuvre des actions dans la ville avec la participation des commerçants pour permettre aux personnes souffrant de l’handicap de surdité d’avoir accès aux lieux publics ». La traductrice en LSF va d’ailleurs donner des cours d’initiation au personnel volontaire du restaurant La Pataterie. Un repas au restaurant d’application du Lycée Saint-Joseph est aussi programmé pour sensibiliser les étudiants à l’handicap de la surdité. Des initiatives qui pourraient bien en susciter d’autres…

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