La main des sourds

Donner vie à «La famille Bélier»

Une comédie chantante qui devrait séduire le Québec

Le cinéaste français Éric Lartigau trouve qu’on peut tout dire d’un succès, une chose et son contraire, qu’un film avec des chansons plaît au public — mais un tas d’oeuvres chantées s’écrasent aussi. « D’autres feel good movies n’intéressent personne, alors, qui peut prédire ? » Chose certaine, La famille Bélier a cartonné en France, comme ils disent là-bas :« Sept millions et demi d’entrées dans l’Hexagone, et ça continue. C’est mystérieux, ce qui crée le désir. » Longtemps, il s’est attendu à voir le public cesser d’aller voir son film, d’un seul coup. Eh bien, non ! Même qu’il est acheté un peu partout.

L’histoire est inspirée de la vie de l’assistante du père de Victoria Bedos (Guy Bedos), et cette dernière a coécrit le scénario du film sur une entendante dans son clan de sourds.« Tout était au départ basé sur la petite. La famille n’existait pas, les chansons non plus. On a beaucoup développé l’histoire. »

Ce film qui met en scène une apprentie chanteuse dans une famille de fermiers sourds a valu à la jeune Louane Emera le César du meilleur espoir féminin. En fait, La famille Bélier a changé la vie de bien des gens. De cette charmante Louane d’abord, qui ne rêvait que de musique et se voit à 18 ans ouvrir aussi les portes d’un nouveau monde. « J’ai envie de mener une double carrière », dit-elle. Pour le moment, le lancement de son album Chambre 12 l’occupe, aussi la perspective d’une tournée de chant en solo à travers la France. Ensuite, oui, le cinéma. Tous les espoirs sont permis. « Mais on m’a expliqué que ce n’était pas normal, un tel succès pour un film, que ça ne se passerait sans doute pas aussi bien pour les prochains. » La voilà prévenue.

« Quand j’écris des dialogues, je vois des acteurs. Ici, Karin Viard dans le rôle de la mère, François Damiens dans celui du père et Éric Elmosnino en professeur de chant. » Mais pour le rôle de Paula, il ne voyait personne.

La perle rare

Comme il cherchait toujours sa perle rare après avoir auditionné 80 jeunes filles, dont quelques sirènes à voix de crapaud, quelqu’un a conseillé à Éric Lartigau d’écouter cette Louana Emera, dans l’émission française The Voice, pour sa voix, son émotion, sa fragilité. Il a ouvert la télé, puis a tranché : ce serait elle. La jeune fille avait 16 ans et devait par surcroît apprendre la langue des sourds afin de communiquer avec sa famille à l’écran. Six mois d’apprentissage, comme Karin Viard qui partageait le même professeur, alors que François Damiens apprenait cette langue gestuelle en Belgique.

« Plusieurs me déconseillaient de choisir Louana, explique Éric Lartigau. Trop risqué. Elle n’avait aucune expérience de jeu. Mais j’avais besoin de l’émotion en direct qu’elle dégageait. » Le cinéaste a sauté sans filet. « Le premier souci avec des interprètes adolescents, c’est d’obtenir leur concentration. Mais s’ils apprennent dans le plaisir, ça va deux fois plus vite. Le jeune Luca Gelbert, qui joue le frère de Paula, est vraiment sourd. Un adolescent qui n’est pas comédien et qui doit apprendre la langue des signes, c’est trop. Il me fallait déjà encadrer Louane. Et c’était un tribut à la communauté des sourds. »

« J’étais entourée d’acteurs qui avaient beaucoup de métier, dit Louane. Ils ont été cool et tout le monde m’a aidée. Mais dès la lecture du scénario, j’ai aimé Paula, mon personnage. Elle n’a pas beaucoup de temps libre, prend ses responsabilités et ne se plaint jamais. On possède en commun l’amour de la musique. Je lui ai donné mes attitudes, ma façon de parler. Ç’a été quand même difficile du début à la fin, d’apprendre le métier. »

Les chansons du film sont de Michel Sardou, qui du coup reprend de la vogue. « C’est à cause de la chanson Je vole, qui collait parfaitement à la situation de Paula lors du récital final, explique Éric Lartigau. Chose certaine, Michel Sardou était content de voir son répertoire interprété par des jeunes. “J’ai redécouvert mes chansons à travers la chorale du film”, disait-il. »

Source : http://www.ledevoir.com © 2 Mai 2015

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