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Hauts de Seine Habitat

150 ANS D’INVESTISSEMENT DANS L’ÉDUCATION DES AVEUGLES ET SOURDS-MUETS

 

Il fut un temps où les sourds-muets étaient considérés comme des enfants anormaux, à tel point qu’on les prenait pour des attardés mentaux et qu’on estimait inutile de leur apprendre les rudiments de la lecture et même de la parole. Ils étaient relégués dans un coin de la maison et laissés à eux-mêmes, ou bien confiés à des institutions qui les logeaient avec les fous. Murés dans le silence, complètement désœuvrés, ils comptaient parmi les plus déshérités. Quant aux aveugles, ils étaient à peine mieux traités. C’était à la fin du XIXe siècle, presque hier, un scandale quand on sait toutes les prouesses que la science et la révolution industrielle étaient capables de réaliser à la même époque.

Heureusement, le siècle de Pasteur avait aussi ses esprits éclairés, convaincus que le handicap n’était pas synonyme de déficience mentale. Les sœurs Frachon étaient du nombre. En 1849, Louise et Hélène Frachon consacrent leur fortune personnelle à ouvrir rue Tête-d’Or une institution destinée à accueillir gratuitement les jeunes aveugles de Lyon et de la région. En plus de l’hébergement, leurs protégés reçoivent des cours de lecture et d’écriture en braille, d’histoire, de grammaire et aussi de musique, un domaine dans lequel ils excellent : « Mlle Francia Rey, la jeune aveugle pianiste, déjà tant applaudie il y a quelques jours, relate l’Entracte Lyonnais en 1853, a obtenu un immense succès […] Faire l’éloge de l’élève, c’est faire celui du professeur, Mlle Frachon, qui s’est dévouée à l’éducation musicale des aveugles ». Faute de place pour accueillir les nouveaux pensionnaires, l’institution des sœurs Frachon déménage en 1875 à Villeurbanne, où elle installe ses locaux 5 rue Neuve des Charpennes. L’effectif passe alors de 37 élèves à 69 en 1881, et à 82 en 1882.

Une méthode révolutionnaire

Cette même année 1882 voit une institution dédiée aux sourds-muets ouvrir ses portes à Villeurbanne, lorsqu’un citoyen suisse nommé Jacob Hugentobler (1844-1924) achète un beau domaine aux Maisons-Neuves, à l’emplacement de l’actuel “terrain du rectorat”. Après avoir enseigné dans plusieurs écoles de Zurich et de Genève, Hugentobler a été appelé à Lyon dix ans auparavant par un homme fortuné, M. de Monteynard, pour qu’il apprenne à parler à ses deux filles sourdes et muettes. Il applique en effet une méthode révolutionnaire pour l’époque. Au lieu d’utiliser la langue des signes ou les mimiques disgracieuses pour que les sourds-muets puissent s’exprimer, Hugentobler leur enseigne à lire sur les lèvres pour comprendre leurs interlocuteurs, puis, le plus difficile, à parler. Le chemin est long qui mène aux premiers mots, car il implique de maîtriser le souffle de la respiration, de comprendre l’articulation des sons puis de les reproduire par la bouche, la langue et les vibrations du palais. Les bases étant acquises, les pensionnaires progressent d’une manière prodigieuse : « Le plus ancien des élèves, ayant 7 ans d’études, nous a montré que l’intelligence des sourds-muets n’était en rien inférieure à celle des élèves possédant toutes leurs facultés », raconte abasourdi le bibliothécaire en chef de la ville de Lyon. « A la demande faite par un membre de l’assistance : la diagonale d’un carré étant de 15 mètres, quelle est sa surface ? L’élève a promptement répondu 112,5 mètres » !

Forte de ses résultats, l’école Hugentobler doit sans cesse s’agrandir. En 1890, après la fermeture du pensionnat des demoiselles Frachon, mal tenu depuis le décès de leurs fondatrices, elle se double d’une section vouée aux aveugles. Puis elle ouvre en 1904 et en 1912 de nouvelles classes, des dortoirs, et des ateliers où les élèves apprennent les métiers de rempailleur de chaises, vannier, fabricant de brosses ou masseur-kinésithérapeute. Les pensionnaires eux, passent de 80 en 1891 à 143 en 1907. L’argent des Hugentobler ne suffit plus à faire tourner la grande institution qu’elle est devenue – l’une des quatre seules existant en France, avec celles de Paris et de Lille. Malgré les bourses accordées aux élèves, les subventions du Conseil général, les aides de la ville de Lyon, les legs des Lyonnais et des Villeurbannais, les dépenses restent supérieures aux recettes. Un grand pas est franchi en juillet 1914, lorsque le président de la République délivre un décret d’utilité publique à l’école. Un an plus tard, la ville de Lyon achète une première partie des locaux puis une seconde en 1921, municipalisant ainsi l’association de droit privée qu’était encore l’institution, rebaptisée école Gallieni en 1916. À la fin du XXe siècle, ses effectifs atteignant 240 élèves, l’école déménage pour de nouveaux locaux, inaugurés en 1984 au 32 rue de France. À cet endroit, la Cité scolaire René-Pellet pour déficients visuels perpétue toujours l’œuvre des demoiselles Frachon et de Jacob Hugentobler.

Source : http://viva-interactif.com © 5 Avril 2015

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