BELFORT : BRISER LE MUR DU SILENCE

La surdité est encore mal considérée dans la société. Le président de l’association Apeda témoigne.

Claude Vandelle, président de l’association Apeda : « Comment faire des démarches seul dans une administration ? Prendre rendez-vous par téléphone chez le médecin ? Ou aller voir un film ? »

CLAUDE VANDELLE a voulu réagir après l’article paru dans nos colonnes jeudi dernier et le témoignage de Brigitte atteinte d’une maladie génétique qui dégrade son audition. La Belfortaine se plaignait du manque de reconnaissance des malentendants dans le monde du travail.

Claude Vandelle est confronté à la surdité de son fils, Frédéric, depuis plus de trente ans. « Né sourd profond, il ne peut pas être appareillé. » Enfant, il a pu suivre sa scolarité par l’intermédiaire du Centre d’éducation pour les enfants déficients auditifs (CEEDA) de Besançon. « Il a été admis dans des classes spécialisées de la maternelle à l’âge de 20 ans. Ensuite, comme pour les handicapés mentaux, il n’y a plus rien. Les jeunes sont livrés à eux-mêmes. »

Frédéric Vandelle a fait une formation de peintre en bâtiment. « Il aurait pu vivre avec les aides, mais il a mis un point d’honneur à toujours travailler. » Le jeune homme a été magasinier, concierge pendant cinq ans dans un collège avant d’être finalement embauché il y a sept ans à la caisse d’un hypermarché belfortain. « Le handicap auditif est presque plus pénalisant que le handicap moteur car il n’est pas visible », affirme Claude Vandelle. « Le grand public, l’entreprise ne savent pas ce qu’est la surdité. Certains sourds parlent, d’autres signent, d’autres encore sont appareillés. »

Carnet et stylo, souvent les seuls recours

« Mon fils a sans cesse besoin d’être accompagné. » C’est son père qui a insisté pour qu’une affichette prévienne les clients de l’hypermarché où il travaille. « Bonjour, je m’appelle Frédéric, je suis sourd. » « J’ai dû demander une caisse adaptée avec un voyant lumineux vert en complément du bip pour valider le passage des articles. » C’est son père encore qui a demandé à l’entreprise d’installer des flashs visuels lorsque l’alarme se déclenche. « Il faut sans cesse se battre pour faire reconnaître le handicap. »

Président de l’Association de parents d’enfants en difficulté d’apprentissage du langage écrit et oral (Apeda, lire ci-contre), Claude Vandelle constate chaque jour que le quotidien des malentendants est un parcours du combattant. « Comment faire des démarches seul dans une administration ? Prendre rendez-vous par téléphone chez le médecin ? Ou aller voir un film ? Les seuls interprètes en langue des signes en Franche-Comté sont à Besançon. Heureusement, la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de Belfort compte deux personnes qui ont été formées. »

« La gare TGV, qui est pourtant récente, n’est pas aux normes pour le handicap auditif. Les employés ne savent pas toujours faire fonctionner les boucles magnétiques et comment faire pour demander à quelle heure arrive son train ? Il ne reste plus que le cahier et le stylo pour s’exprimer. »

Sport et culture accessibles

« Plusieurs malentendants qui sont allés voir « La Famille Bélier » ont été déçus en sortant. L’actrice signe mal et tous les dialogues n’ont pas été sous-titrés. »

Mais, il y a aussi du positif. À Belfort, Sinaps propose des séances de sport collectif adaptées et le Club alpin a mis en place « montagne sans parole », qui réunit entendants et sourds autour de l’alpinisme. Le club de course à pied de Châtenois-les-Forges est aussi reconnu handisport.

« Le musée Courbet d’Ornans a été équipé de boucles magnétiques, tout comme le Fonds régional d’art contemporain, les maisons comtoises à Nancray ou la Rodia qui propose des concerts accessibles aux sourds. Le musée du jouet à Moirans-en-Montagne sera bientôt équipé aussi. La commune d’Audincourt va installer des boucles dans ses églises cette année mais le nord Franche-Comté reste en retard. »

« En 2015, la surdité ne doit plus être un tabou. Dans le pays de Montbéliard, un gamin de 12 ans a été envoyé à l’Adapei. Je bataille pour l’en faire sortir car il est juste sourd, il n’a rien à faire là-bas. »

Source : http://www.estrepublicain.fr © 22 Février 2015

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.