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La fabuleuse famille Poulain

Ses parents sourds-muets ont offert à Véronique Poulain une enfance hors normes, aux sources du scénario de La Famille Bélier. Elle sera vendredi à la biennale du handicap au Ban-Saint-Martin pour présenter son livre.

Son récit, Les mots qu’on ne me dit pas , est paru aux éditions Stock l’été dernier. Véronique Poulain y décrit avec tendresse et humour son quotidien auprès d’un père et d’une mère sourds-muets. Elle raconte comment cette famille peut être bruyante, géniale, exaspérante. Ce contexte a inspiré le point de départ du scénario de La Famille Bélier , qui connaît un succès populaire réjouissant.

Quel lien y a-t-il entre votre vie et le film d’Eric Lartigau ?
Véronique POULAIN : « J’ai travaillé pendant seize ans auprès de Guy Bedos, dont la fille Victoria a écrit le scénario de La Famille Bélier. Elle n’a pas raconté mon histoire. Mais ma situation, qu’elle connaissait, a été le point de départ de son scénario. De mon côté, j’ai écrit mon propre récit. Le hasard a fait qu’ils sont sortis à quelques mois d’intervalle. »

Qu’avez-vous pensé du film et de la performance des acteurs ?
« Je n’ai pas vu le film, pourtant j’y ai un petit rôle. [Un silence]. Oui, peut-être une sorte de blocage de ma part ! Des sourds ont dit qu’il y avait des erreurs dans la langue des signes. Mais moi je serais incapable de les repérer. J’ai appris à ” signer ” avec mes parents, je sais me faire comprendre mais je ne pourrais pas traduire un dialogue. »

Vous avez été éduquée par des parents sourds et muets. Cela vous a-t-il donné une force ou une fragilité particulière ?
« Ma famille est extra ordinaire, en deux mots. Cela m’a donné une force que je n’arrive pas à définir. Je pense toujours que les choses sont possibles. Et aussi, je suis contre la relativité des souffrances : souvent on me dit « il y a pire, je ne vais pas me plaindre », etc. Mais je crois que quand on est mal on est mal, je sais ce que c’est. Je peux être vite blessée. Mais je trouve toujours des circonstances atténuantes aux gens. »

Le regard des autres ?
« Bien sûr, le regard sur le handicap, je l’ai vécu. Petite fille, j’étais tout le temps très en colère, et ça m’a bien aidée ! Je n’ai jamais eu honte de mes parents. Au contraire, j’ai toujours vu cette situation comme un plus… même si dans la réalité il y a des tas d’endroits où c’était un moins. »

En avez-vous voulu à vos parents d’être différents ?
« J’ai commencé à leur en vouloir au début de l’adolescence, Je rêvais d’avoir des parents avec qui je pourrais avoir des grandes discussions. Et quand j’ai eu 20 ans, je me suis rendue compte que dans toutes les familles c’était pareil, le niveau de discussion était le même. Alors j’ai arrêté de leur en vouloir. D’ailleurs, la culpabilité la plus forte que j’aurais pu éprouver aurait été de ne pas leur en vouloir, de tout leur passer sous prétexte qu’ils étaient sourds. Ça n’a pas été le cas. »

Vous serez vendredi à la 5e Biennale du handicap organisée par l’IRTS du Ban-Saint-Martin et aussi devant des lycéens…
« Je leur dirai qu’il ne faut jamais lâcher l’affaire, tout peut toujours arriver. Et aussi, je suis contente de venir à Metz, ça fait des années que je n’y étais pas revenu. Ma grand-mère paternelle est enterrée à Louvigny. »

Source : http://www.republicain-lorrain.fr © 4 Février 2015

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