La main des sourds

FamilleBélier. Les confidences de Jakez Bernard

Les aventures de «La Famille Bélier» qui cartonne au cinéma et qui plonge le spectateur dans l’univers des malentendants n’a pas laissé indifférent le Quimpérois Jakez Bernard. Comme l’héroïne du film, le président de «Produit en Bretagne» a grandi dans une famille de sourds.

Jakez Bernard, avec la médaille de l’Institution des sourds-muets de Paris qui appartenait à son père.

Tout comme Paula Bélier, Jakez Bernard, enfant unique de Vincent, cordonnier, puis potier dans une faïencerie, et de Marie-Jeanne, était le seul entendant de la famille. « Mes parents avaient perdu l’ouïe très jeunes, à la suite d’une méningite. Leur handicap a été présent dans ma vie au quotidien pendant 45 ans mais je ne me suis jamais posé de questions. J’ai vécu cela de manière heureuse et le plus naturellement du monde »,raconte le producteur quimpérois, qui a aimé le film. « Il est drôle et émouvant. Il m’a rappelé beaucoup de choses. Mais je n’ai pas retrouvé mes parents car les sourds de leur génération avaient plutôt tendance à raser les murs. Je suis fier que ce film marche. C’est la reconnaissance d’une communauté qui bosse, qui ne fait pas de bruit, si j’ose dire, et qui ne brasse pas d’air », confie Jakez Bernard avec son franc-parler habituel. Contrairement au clan Bélier, la famille Bernard n’utilisait pas le langage des signes pour communiquer. « Seul mon père l’avait appris car il avait eu la chance extraordinaire d’avoir été pendant dix ans pensionnaire à l’Institut national des sourds-muets, à Paris. Mais tous les trois, nous communiquions quand même par signes. Mes parents lisaient sur mes lèvres et ils parlaient avec le défaut des sourds qui n’ont pas de référence auditive. Cette façon de s’exprimer m’a d’ailleurs rendu service dans mon métier pour faire de la resynchronisation ».

«Je suis fier que ce film marche. C’est la reconnaissance d’une communauté».

Un parallèle rigolo

Dans le film, un détail n’a pas échappé à Jakez Bernard. Les parents de l’adolescente qu’interprète Louane Emera sont silencieux lorsqu’ils s’expriment. « On peut comprendre le réalisateur mais ce n’est pas la réalité.Unsourdémet des sons forts et puissants. Je peux vous dire qu’il y beaucoup de volume dans une assemblée de sourds même quand elle s’exprime avec le langage des signes ! ». Jakez a ainsi le souvenir des promenades, le dimanche, au bord de l’Odet, avec les amis sourds de ses parents et leurs enfants. « On était une bonne quinzaine à se retrouver. C’était très animé ». Comme Paula, Jakeza souvent joué le rôle d’interprète auprès de ses parents. « Le parallèle avec le film est assez rigolo. Dès l’âge de 7 ans, je les ai aidés dans leurs démarches administratives à la mairie, à la préfecture… J’ai même accompagné ma mère à un entretien d’embauche dans le bureau de Monique Ranou en personne. Je faisais l’argumentaire pour elle. Elle a été recrutée ». Est-ce un hasard ? Jakez Bernard a un autre point commun avec la jeune héroïne du film. Paula s’oriente vers le chant. Jakez, lui, s’est dirigé tout droit vers les métiers du son. D’abord, comme vendeur dans un magasin Hi fi, ensuite, comme ingénieur du son et producteur musical. « Ce sont mes parents qui m’ont donné le goût de la musique et de la culture bretonne. Ils en ressentaient toutes les vibrations. Ils écoutaient la musique religieusement alors qu’ils n’entendaient pas ».

Deux regrets

Jakez Bernard a deux regrets. D’abord, que ses parents n’aient jamais trop compris, et pour cause, en quoi consistait son métier, et ensuite, qu’ils n’aient pas connu internet. « Ceux qui entendent nepeuvent passe rendre compte du bonheur que cet outil apporte aux sourds. Moi qui étais souvent en déplacement à l’époque, j’aurais pu leur envoyer des mails et des textos ».

Source : Le télégramme © 28 Janvier 2015 à Quimper

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