« La Famille Bélier » : les secrets d’un succès phénoménal

0

Le film familial d’Éric Lartigau poursuit sa course en tête : il vient de franchir 5 millions d’entrées et pourrait atteindre 8 millions de spectateurs.

Louane Emera, François Damiens et Karin Viard triomphent dans le film d’Éric Lartigau.

Le bouche-à-oreille fonctionne à plein régime : La Famille Bélier, à qui les journalistes pronostiquaient une belle carrière, est en passe de devenir le plus gros succès français de cet hiver avec déjà 5 millions d’entrées au compteur, après six semaines d’exploitation. Face à la demande, le nombre de salles a presque doublé, de 500 à 900, favorisant ainsi une bonne exposition du film sur tout le territoire, ce qui devrait lui permettre d’atteindre sans doute à terme les 8 millions d’entrées… Les professionnels estimaient que l’intérêt aurait pu s’émousser après les fêtes, le marché étant souvent moins porteur, mais les aventures du clan Bélier résistent à tous les assauts et attirent en moyenne 600 000 curieux par semaine, écrasant d’autres films très attendus comme Invincible d’Angelina Jolie ou Les Souvenirs, avec Michel Blanc et Annie Cordy.

Une suite ?

Il faut dire que cette comédie dramatique réunit plusieurs ingrédients efficaces, même si une recette réussie ne garantit pas toujours un triomphe dans les salles. D’abord, le film joue sur l’audace et l’originalité en plongeant les spectateurs dans le monde méconnu des malentendants, avec une intrigue bien ficelée : une ado entendante veut vivre ses rêves et doit pour cela quitter sa famille sourde qui compte sur elle et se retrouve soudain démunie face à un choix douloureux. Dans ces tranches de vie très différentes, chacun joue sa partition avec justesse, drôlerie et sincérité, sans tomber ni dans l’excès ni dans le pathos. Il y a aussi cette notion de clan familial, revendiquée jusque dans le titre : une tribu soudée, vivante, confiante, qui avance malgré tout, franchissant les obstacles, relevant les défis, des valeurs refuges toujours porteuses en temps de crise. Il y a enfin cette émotion que dégage ce film de bout en bout, arrachant rires et larmes pendant une heure et demie.

Un triomphe auquel ne s’attendait pas forcément le réalisateur Éric Lartigau, qui a d’abord pensé à construire une belle histoire. « C’est un vrai cadeau, un échange avec le public, nous explique-t-il. Le film est construit sur la famille, sujet fédérateur, et sur l’envol d’une jeune fille… Il parle aux ados, bien sûr, mais aussi aux parents qui ont du mal à voir leurs enfants quitter un jour le nid familial. Certaines personnes confrontées à un handicap nous disent aussi que ce film les booste, leur donne envie de s’autoriser à faire certaines choses, à ne plus avoir peur… Tout le monde peut s’identifier à cette histoire. » Une suite ? « C’est la question que l’on finit toujours par se poser en cas de gros succès, poursuit-il. Mais tant qu’on ne tient pas la bonne idée… »

Six mois pour apprendre la langue des signes

Derrière ce succès, il y a également un vrai travail de préparation, qui a soudé l’équipe autour d’un projet commun. Pour rendre ses acteurs crédibles, Éric Lartigau leur a en effet imposé pendant six mois des cours à domicile de langue des signes. Un apprentissage à la fois excitant et angoissant, comme l’a révélé Karin Viard : habituée à jouer de jouer de façon plutôt spontanée, l’actrice a été contrainte de préparer ses scènes au millimètre près, avec parfois quatre-vingts signes à exécuter les uns après les autres. « Je voulais être à la hauteur, a-t-elle reconnu dans une interview accordée à Allociné. Je ne voulais pas manquer de respect aux sourds, je ne voulais pas qu’ils se disent : C’est quoi cette tocarde qui est censée être sourde. Parfois, ça m’empêchait de dormir… » Avec le recul, elle estime aujourd’hui le contrat rempli, ceux qu’elle rencontre lui disant qu’elle s’est « très bien débrouillée », même si quelques voix discordantes trouvent qu’il y a des ratés et regrettent qu’on n’ait pas embauché plus de vrais acteurs malentendants, à l’image de Luca Gelberg, qui joue le frère de l’héroïne.

Autre succès inattendu : la bande originale du film, qui reprend les tubes légendaires de Michel Sardou, comme « La Maladie d’amour », « La Java de Broadway » ou encore « En chantant », a fait une percée dans les charts, suivant la courbe ascendante des entrées en salle. La chanson « Je vole », qui sert de trame à toute la comédie, se hisse désormais dans les trois premières ventes de singles en France, devant ceux de Sia, de Kendji ou encore de David Guetta ! Une sacrée performance pour Louane, l’héroïne du film et ex-candidate de l’émission The Voice, qui ressuscite à sa manière l’une des mélodies mythiques du chanteur populaire. La jeune femme, âgée de 18 ans, s’apprête à sortir son premier album début mars – qui inclura justement « Je vole ». En attendant, elle prépare son bac pour juin 2015, où elle présentera la langue des signes en option.

Source : http://www.lepoint.fr © 27 Janvier 2015

Écrire un commentaire

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.