Signature de la charte de qualité de la LSF dans les programmes télévisés

0

Jeudi 15 janvier 2015 à 11h30, Ségolène NEUVILLE, Secrétaire d’Etat en charge des Personnes handicapées et de la Lutte contre l’exclusion, a signé une charte de qualité pour l’usage de la Langue des Signes Française dans les programmes télévisés.

Cette cérémonie a réuni, au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, Monsieur Olivier SCHRAMECK, président du Conseil supérieur de l’audiovisuel, Monsieur Philippe CHAZAL, vice-président du Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH), Agnès MARIE-EGYPTIENNE, Secrétaire générale du Comité Interministériel du handicap, Monsieur Stéphan BARRERE, membre du Conseil d’administration de l’association d’interprètes en LSF (AFILS), Monsieur Julien THIERRY de l’association AudioVisuel Accessible (AVA), Madame Ronit LEVEN, vice-présidente de la fédération nationale des sourds de France (FNSF), Monsieur René BRUNEAU, président du mouvement des sourds de France (MDSF), Madame Vincent NELLY de Planète LSF et Monsieur Cédric LORANT, président l’union nationale pour l’insertion des déficients auditifs (UNISDA) et les représentants des chaines de Télévision et du Ministère de la Culture.

 

iscours prononcé par Ségolène Neuville à l’occasion de la signature de la charte de qualité de la LSF dans les programmes télévisés, au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel :

Seul le prononcé fait foi

Monsieur le Président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, cher Olivier Schrameck, Monsieur le Président et Madame la Vice-présidente du groupe de travail accessibilité, Nicolas About et Mémona Hintermann-Afféjee, Monsieur le Président de l’Unisda, cher Cédric Lorant, Mesdames, Messieurs, les diffuseurs et représentants des associations, Mesdames, Messieurs,

La surdité est un handicap particulier parce qu’il est partagé. Les personnes sourdes ne sont pas les seules à se retrouver en situation de handicap lorsqu’elles ne comprennent pas ; ce sont aussi les personnes entendantes qui sont handicapées parce qu’elles ne parviennent pas à se faire comprendre et que le dialogue est rompu. On le voit bien, la surdité n’est pas un handicap de la compréhension mais un handicap de la communication. Et c’est bien de cela dont nous parlons ce matin, puisqu’il s’agit de répondre à la préoccupation des chaînes de télévision de se rendre accessibles à tous les téléspectateurs, qu’ils soient sourds ou non.

En concertation avec les parties prenantes, vous avez élaboré la charte de qualité pour l’usage de la Langue des Signes Française dans les programmes télévisés. Je veux vous féliciter pour cette initiative et la méthode du conseil pour y parvenir. Il y avait un précédent, la charte de qualité du sous-titrage signée ici même en décembre 2011. Vous avez donc choisi de prolonger, avec les associations et les chaînes, cette dynamique autour de l’accessibilité des programmes télévisés, et c’est bien.

Nous partageons au gouvernement le souci de la qualité de la diffusion de la LSF. Nous y avons par exemple veillé tout dernièrement dans le cadre de l’expérimentation en cours de relais téléphonique en ayant recours exclusivement à des interprètes diplômés et qualifiés. C’est ce que prévoit justement la charte que nous allons signer. J’y suis également extrêmement attentive, en lien ma collègue ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, dans le cadre de la scolarisation des jeunes sourds. Comme vous le savez, les projets linguistiques de ces jeunes et de leurs familles constituent pour nous une priorité, qu’ils portent soit sur le bilinguisme français/ LSF soit sur le bilinguisme français/langage parlé complété (LPC). Le Président de la République a d’ailleurs confirmé cette priorité lors de la conférence nationale du handicap en décembre dernier. La feuille de route fixée par le comité interministériel du handicap prévoit aussi que nous travaillions au développement des formations conduisant aux métiers de la communication accessible, dont ceux d’interprètes et de traducteurs. Je m’y emploie, non seulement parce que les objectifs fixés par la loi du 11 février 2005 l’imposent, mais aussi parce que c’est la clef notamment d’une diffusion de qualité de la Langue des Signes, justement reconnue par cette même loi comme une langue à part entière.

Parmi les objectifs de la loi de 2005 figure en bonne place l’accessibilité des programmes télévisés. Elle a connu un développement assez important avec le développement du sous-titrage. Désormais, les chaînes privées réalisant un minimum de 2,5% d’audience et les chaînes publiques sous-titrent massivement leurs programmes, voire la totalité. D’autres chaînes participent également à cette formidable dynamique qui a profondément changé le quotidien de beaucoup de téléspectateurs concernés. Même les messages publicitaires, qui n’étaient pas visés par la loi, sont davantage sous-titrés aujourd’hui, du fait des annonceurs qui ont compris leur intérêt d’être compris du plus grand nombre. Il reste encore beaucoup à faire et c’est pourquoi vous avez signé une charte de qualité du sous-titrage et que vous suivez sa mise en œuvre ; c’est pourquoi votre Conseil veille au respect des conventions des chaînes et n’hésite pas à les mettre en garde lorsqu’elles s’écartent des objectifs fixés. C’est beaucoup de travail pour vous mais c’est bien.

Vous le savez, le gouvernement a engagé une vaste réforme de l’accessibilité traduite par une ordonnance publiée à l’automne dernier. Dans ce cadre, nous avons été amenés à revoir un certain nombre de normes. Aussi, désormais, dans les lieux publics collectifs, le sous-titrage en français doit être activé sur les téléviseurs si ceux-ci disposent de cette fonctionnalité. Dans les lieux publics privatifs tels que les chambres d’hôtel, des notices simplifiées doivent indiquer comment activer le sous-titrage et l’audio-description. Ces nouvelles dispositions, publiées au Journal Officiel, rendront donc davantage visible cette accessibilité que les chaînes s’efforcent d’assurer.

Nous avons aussi à travailler sur l’accessibilité de la télévision connectée, c’est un des chantiers ouverts par le comité interministériel du handicap. Je sais que votre Conseil, Monsieur le Président, a formulé des préconisations, je tiens à vous remercier de cette précieuse contribution.

Mais si la loi de 2005 parlait de sous-titrage, elle évoquait également le recours à la Langue des Signes Française pour l’accessibilité des programmes télévisés. Il faut le reconnaitre, le bilan est plus nuancé que pour le sous-titrage. L’interprétation des Questions au gouvernement et l’émission L’œil et la main étaient déjà assurées avant la loi. Le flash infos que l’on appelle« des sourds et des malentendants » a été remplacé par l’interprétation de deux flashs infos diffusés dans Télématin qui bénéficie d’une audience bien plus large. Depuis 2010, grâce à l’impulsion de vos prédécesseurs au Conseil, Michel Boyon et Christine Kelly, les trois chaînes d’information continue diffusent un flash info par jour accessible en LSF. Une chaîne de sport diffuse un journal d’information également accessible en Langue des Signes. Quelques programmes de chaînes jeunesses sont diffusés en LSF. Et puis… c’est tout.

Mais qu’en est-il du 20 heures des principales chaînes ? Qu’en est-il des adresses du Président de la République à la Nation ? Qu’en est-il des débats politiques, en période électorale ou non ? Qu’en est-il des évènements exceptionnels comme ceux qui nous ont traumatisés la semaine dernière ?

Ce sont des dizaines de milliers de nos concitoyens que nous laissons sur le bord de la route de l’information, parfois lors de moments particulièrement angoissants. Des citoyens à part entière qui communiquent principalement ou exclusivement en Langue des Signes Française.

Alors que d’autres pays ne font plus la fine bouche devant cette accessibilité citoyenne, nous ne devons plus considérer la Langue des Signes comme une contrainte éditoriale. Je sais que des chaînes craignent pour leur audience en indisposant leur public avec la LSF. Mais est-ce que la société n’est pas mûre pour une telle accessibilité et est-ce que nous ne pourrions pas, au contraire, en faire un atout ?

Certains d’entre vous s’en souviennent, Antenne 2 diffusait, de 1979 à 1986, une émission qui s’appelait Mes mains ont la parole. Une conteuse racontait, en Langue des Signes, des contes et des légendes pour enfants. Elle était diffusée dans Récré A2, émission dont nous nous sommes tous souvenus avec la disparition de Cabu la semaine dernière. Quand vous interrogez un certains nombre d’interprètes sur l’origine de leur vocation, nombreux sont ceux qui vous répondent qu’ils ont connu et apprécié la Langue des Signes grâce à Mes mains ont la parole. C’est donc bien une preuve que la Langue des Signes à la télévision n’est pas une tâche dans un médaillon en bas de l’écran mais bien un facteur d’inclusion, et nous créerons de nouvelles vocations pour devenir interprète.

Certains d’entre vous travaillent au développement de solutions techniques qui permettraient d’assurer une meilleure accessibilité en LSF en passant par internet. C’est aussi un chantier ouvert par le comité interministériel du handicap. Nous devons effectivement être au rendez-vous du numérique et nous adapter à tous les usages et à tous les modes d’accès à l’audiovisuel. Le numérique doit être un facteur d’inclusion et pas d’exclusion. Une chaîne publique a d’ailleurs lancé l’expérimentation en novembre dernier, pendant une semaine, de l’interprétation en ligne de son JT en LSF. J’espère qu’elle ne s’arrêtera pas là. Mais si le seul objectif est d’éviter d’afficher la Langue des Signes sur le même écran que nous regardons tous, nous ferions une erreur car beaucoup de nos concitoyens ne regardent pas encore le journal télévisé sur leur téléphone portable, leur ordinateur mais sur la télévision.

Le développement de la Langue des Signes à la télévision passe aussi par l’apparition à l’écran de journalistes et d’animateurs eux-mêmes sourds et s’exprimant en LSF. Nous devons donc aussi encourager l’accès des jeunes sourds aux écoles de journalisme et d’audiovisuel. Vous avez signé le 11 février dernier une charte pour développer l’accessibilité de ces écoles et encourager une meilleure représentativité de la diversité de notre société sur nos écrans. Elle y contribuera, j’en suis certaine.

Ne nous y trompons pas, c’est bien d’accès à la citoyenneté dont nous parlons. La télévision, est un des principaux moyens d’accès à l’information et à la compréhension du monde qui nous entoure. En nous informant, nous nous forgeons une opinion et nous faisons des choix.

Si nous raisonnons en termes d’audience et de parts de marché, nous raisonnons et partageons les mêmes objectifs également en termes de responsabilité. C’est ce à quoi veille le Conseil, ce qui ne nous exonère pas de le faire collectivement. Les évènements tragiques de la semaine dernière nous ont tous interpellés sur notre devoir d’éviter le repli sur soi. Tous nos concitoyens doivent trouver leur place dans notre société, y compris ceux dont la langue est la Langue des Signes Française, reconnue par la loi de la République.

Je formule le vœu que cette charte apporte la qualité qui est attendue mais qu’elle contribue également à développer l’accessibilité des programmes télévisés en Langue des Signes Française. Je sais pouvoir compter sur votre adhésion à cet impératif républicain et sur votre mobilisation pour y parvenir.

Écrire un commentaire

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.