La Famille Bélier : « Si le film peut rapprocher les entendants des sourds… »

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En langue des signes, Christian Perrin (de l’APLS de Chalon) dit « bienvenue », le même signe que « bonjour » : main plate partant des lèvres vers l’interlocuteur.

Christian Perrin (Ouroux-sur-Saône) est trésorier de l’Association pour la promotion de la langue des signes (APLS) de Chalon. Nous lui avons demandé de réagir au succès du film « La Famille Bélier » qui met en scène une famille de sourds.

Avez-vous vu le film ?

Ch.P. : Bien sûr, et j’ai beaucoup aimé. S’il faut chercher une petite critique, les sourds auraient aimé que les acteurs soient de vrais sourds. C’est tout de même le cas du fils.

Et le jeu de Karine Viard et François Damiens est un régal…

Oui, c’est vrai. Et tous les ingrédients d’un bon film sont réunis. Il met bien le doigt sur les tracas vécus par les sourds. Je pense à la scène chez le médecin où la fille adolescente entendante est obligée de traduire à ses parents des détails intimes qui les concernent. L’intervention d’un interprète rend difficile à préserver la confidentialité des échanges. La moitié de ma famille est sourde, elle est confrontée à ce problème. À celui aussi du sentiment que, lorsque l’enfant est entendant, il prend le pas sur eux. Dans le film, la fille a 16 ans ; dans la vie, c’est souvent qu’un enfant de sourds devient dès l’âge de 6 ou 7 ans l’interlocuteur du médecin, du notaire pour ses parents sourds. Pour lui, c’est étouffant, et les parents se sentent dévalorisés. Le film le traduit bien. À l’inverse, l’enfant sourd de parents entendants risque, quand il grandit, de se sentir infantilisé…

Le succès du film peut-il aider à faire progresser la langue des signes dont l’APLS dispense des cours sur Chalon ?

Oui, je l’espère. C’est la langue naturelle des sourds. L’APLS de Chalon propose des cours de quatre niveaux. Quarante personnes les suivent à raison de deux heures par semaine (320 €/an) dans des salles prêtées par la mairie de Chalon. Et puis, pas besoin d’être très fort pour communiquer. Un ou deux signes suffisent à établir la relation avec un sourd, c’est une ouverture vers lui. Et si vous faites un premier pas vers lui, il fera un pas vers vous ! Je l’ai vécu dans un train. Quand un sourd a vu que je lui adressais un signe, un grand sourire s’est aussitôt affiché sur son visage et on a échangé…

À un moment du film, la mère craque et lâche qu’elle déteste les entendants…

Il faut le prendre comme un accès de colère, de frustration, la même que vit le spectateur lorsque dans une jolie scène du film, le gala du lycée, lorsque la bande sonore est coupée et qu’on n’entend donc pas les élèves chanter… Mes oncles et tantes ont aussi le sentiment que les entendants ne font pas assez d’efforts envers eux… D’une manière générale, les sourds sont assez isolés. Si ce film permettait aux entendants de se rapprocher d’eux, ce serait une réussite !

Contact

apls.lsf@laposte.net Tél : 06.86.17.83.78

Ou également Culture et Langue des Signes Ferdinand Berthier (Louhans). Tél/Fax : 03.85.75.55.81

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