» La Famille Bélier  » un film touchant mais pas à la portée des sourds

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Arnaud Tanghe, 26 ans, entendant, a vu le film avec sa maman Pascale, sourde, et son papa André, malentendant et appareillé.

Pascale et André Tanghe, respectivement sourde et malentendant, ont accepté d’aller voir “ La Famille Bélier ”, film à l’affiche qui traite de ce handicap. Ils nous livrent leurs impressions.

Si nous ne les avions pas invités, Pascale et André Tanghe ne seraient pas allés voir spontanément « La Famille Bélier » au cinéma. Tout simplement parce que le film, à l’affiche en ce moment, n’est pas sous-titré dans les salles loir-et-chériennes, et donc difficilement accessible pour des personnes sourdes et malentendantes.

Le couple s’est néanmoins prêté au jeu en nous suivant, accompagné de leur fils aîné, Arnaud, 26 ans, qui, lui, est entendant. Ce n’est pas sans appréhension que Pascale et André Tanghe, 51 et 58 ans, ont pris place dans la salle. « J’ai peur de ne pas saisir toute l’histoire », confie la maman avant que nous soyons plongés dans le noir. Elle espère glaner des informations grâce à la langue des signes qu’emploient les personnages ou en lisant sur les lèvres.

Les premières images apparaissent sur le grand écran. On y découvre la famille Bélier : tout le monde est sourd, sauf Paula, la fille aînée de 16 ans. C’est elle qui sert d’interprète entre ses parents agriculteurs et d’autres interlocuteurs, pour assurer entre autres la gestion de la ferme.

Au fil de l’histoire, Arnaud s’identifie à l’adolescente. « Quand je regarde sa vie déballée à l’écran, j’ai l’impression de revoir la mienne à la maison, commente-t-il. Très tôt, mon frère et moi avons appris à répondre au téléphone, pour faire l’intermédiaire entre nos parents et l’administration par exemple. Le fait d’avoir des discussions de grands nous a rendus matures plus vite. » Arnaud communique avec ses parents grâce à la langue des signes qu’il a appris sur le tas, à force de voir pratiquer son père et sa mère. Le fiston a quand même dû se familiariser avec les deux alphabets maîtrisés par Pascale et André, issus de deux écoles différentes (Orléans et Poitiers).

A l’issue du film, Pascale, la maman, avoue n’avoir compris que la moitié du film. Elle n’a pas pu par exemple assimiler toute la partie tournée dans l’établissement scolaire de la jeune fille. Regrettable, quand on sait que ces passages sont truffés d’humour.« J’imaginais bien que c’était parfois drôle à cause des mimiques des acteurs », souligne-t-elle. Appareillé, André, le papa, a profité davantage du film, puisqu’il pouvait légèrement entendre les mélodies fredonnées.

«  Ça reste un beau film bien joué  »

Quant aux seuls passages sous-titrés correspondant aux moments où les personnages utilisent la langue des signes, Pascale ne s’en est pas servie : « Je regardais les gestes, mais la caméra ne cadrait pas toujours bien sur les mains ou elle passait trop vite d’un personnage à un autre. »

Le dernier quart d’heure a beaucoup ému les parents, comme tous les autres spectateurs qui ont essuyé quelques larmes. En voyant la jeune Paula quitter la maison pour rejoindre une école de chant, discipline dans laquelle elle excelle, Pascale n’a pas pu s’empêcher de repenser à son fils cadet, Alexis, aussi entendant, parti de la maison à l’âge de 12 ans pour suivre un cursus scolaire de sports études basket.

Aujourd’hui, Alexis joue en Pro B, à Orchies, dans le Nord, après être passé par les équipes jeunes de l’ADA Blois. Un club dans lequel évolue toujours son grand frère, Arnaud, qui va retrouver ces jours-ci les parquets avec l’équipe réserve, après un problème au genou. A l’image de la famille Bélier, dont tous les membres participent à l’activité de la ferme, les Tanghe, eux, sont unis autour du basket. Pascale et André sont bénévoles à l’ADA Blois : elle fait les sandwichs pendant que son mari s’occupe du placement des chaises.

Pascale et André Tanghe ne regrettent pas d’être venus voir « La Famille Bélier ». « Ça reste un beau film, bien joué », reconnaissent-ils,malgré les défauts de la projection, avec le manque de sous-titrages.

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