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Hauts de Seine Habitat

«Il ne faut pas avoir honte d’être sourd, on vit, comme tout le monde»

Angélique, 25ans, est malentendante depuis la naissance. Un handicap qui peut la bloquer dans ses recherches d’emploi.

« Je préfère vous prévenir, je suis malentendante. » Une phrase qu’Angélique répète inlassablement. Son moral est d’acier, sa volonté de fer, son audition défaillante depuis la naissance. À 25 ans, la jeune femme – et maman d’un petit Aaron – aspire à trouver un travail. Pas si simple, hélas, quand on est sourd…

Elle réajuste une mèche brune derrière l’oreille, laissant apparaître un appareil discret qui ne la quitte jamais. « Quand je ne l’ai pas, je suis stressée, j’ai mal à la tête », sourit Angélique. Sans, elle ne distingue que les sons graves. « Les sifflements me font mal, par exemple. »

Une surdité apparemment « héritée » d’un arrière-arrière-arrière grand-parent. « Ça peut sauter plusieurs générations. C’est ma mère qui s’est aperçue du problème, lorsqu’elle m’appelait dans les parcs, et que je courais sans répondre. » Un problème au niveau « des pianos de l’oreille » la contraint à porter des appareils dès l’âge de trois ans. Une opération ? Impossible. Ses parents, soucieux d’encourager leur fille à acquérir une parfaite autonomie, lui font suivre une scolarité au milieu de gamins entendants. Elle apprend la langue des signes dès la maternelle. Sait lire sur les lèvres, aussi.

Et reconnaît avoir une bonne mémoire, doublée d’une vision excellente. Angélique décroche son permis de conduire à 18 ans. « Je peux conduire avec ou sans appareil, mais une personne malentendante est obligée de regarder les trois rétros » à chaque manœuvre, voire de se retourner, dans certaines situations. Un CAP de coiffure en poche, elle tente le brevet professionnel, qu’elle rate à un petit point et demi. Pas question de renoncer. La jeune femme se tourne alors vers le monitorat en auto-école. « Je voulais aider les personnes malentendantes à apprendre à conduire. » Seulement là, elle « sent direct » que son handicap gêne l’employeur. « Parfois, la surdité bloque le patron et je ne peux pas aller plus loin. C’est dommage, je ne comprends pas pourquoi certains ont peur des personnes handicapées. »

Oui, pour Angélique, comprendre certains termes peut s’avérer compliqué. « Ophtalmologie, neurologie, plaisante-t-elle. Mon homme se moque parfois gentiment de moi parce que je mélange des mots. » C’est que la langue des signes n’est pas aussi fournie que le français parlé. « Mais pour la majorité des gens, je suis normale ! » Le handicap n’a pas fait hésiter son compagnon, qui partage sa vie depuis six ans. Ensemble, ils ont eu un petit garçon. Entendant. « Quand il sera plus grand, je lui expliquerai que ses enfants ou petits-enfants pourront avoir le même problème que moi. » Pour l’instant, elle lui apprend la langue des signes. « Un jeu », pour Aaron.

Elle refuse de se laisser abattre – « il n’y a pas de honte à montrer son handicap, on vit, comme tout le monde » – et aspire à trouver un travail, même si des ressources financières insuffisantes lui barrent l’accès à certaines formations payantes. Un parcours semé d’embûches. Elle veut « garder les bras levés ». Combative, Angélique.

 

Une permanence mensuelle pour sourds et malentendants à la mairie de Maubeuge

Avant, l’organisme Sourdmédia – qui accompagne les personnes sourdes ou malentendantes dans leurs démarches administratives, entre autres – devait se déplacer chez l’habitant. Mais ça, c’était avant que la mairie de Maubeuge ne mette à disposition un local dédié, tous les premiers mercredis du mois. Ce jour-là, pour la première permanence, Angélique (lire ci-dessus) est venue rencontrer Nathalie Delescluse, spécialisée dans le service d’accompagnement à la vie sociale, pour qu’elle l’aide à remplir un dossier MDPH (Maison départementale des personnes handicapées). « Je ne suis pas très forte en français. Et pour ce genre de papiers, je ne comprends pas. »

« Habitués à avoir

des murs devant eux »

« Les sourds sont habitués à avoir des murs devant eux, précise Nathalie, et que les gens ne les comprennent pas. Ils ne vont pas forcément poser de questions, pour ne pas passer pour des idiots. Avec nous, ils ne sont pas gênés, on est dans le monde des sourds. » Le but, les accompagner dans la vie quotidienne, administrative, les renseigner sur leurs droits…

Les explications apportées aux personnes qui se rendent à la permanence peuvent être simplifiées, oui. Jamais réduites. « On fait avec elles, on ne fait pas à la place de, martèle Nathalie. On veut qu’elles soient actrices de leur vie et deviennent au maximum autonomes. » Angélique acquiesce. « Le fait qu’il y ait une permanence à Maubeuge va faciliter les choses. »

D’autant que la demande est là, aux dires de Sourdmédia. « Nous sommes les seuls au nord de la France et nous suivons beaucoup de dossiers dans l’Avesnois. » Cette permanence, un premier dispositif qui en annonce d’autres, d’après Marie-Charles Laly, adjointe au maire. Elle évoque des boucles auditives à l’église Saint-Pierre – Saint-Paul, des équipements à la salle Sthrau, à la maison Folie pour 2015. Et pourquoi pas, à terme, à la Luna, au Manège… « Dans tous les bâtiments qui reçoivent du public. »

Permanence pour personnes sourdes et malentendantes avec Sourdmédia, chaque premier mercredi du mois, de 13 h 30 à 17 h 30, à l’hôtel de ville de Maubeuge. Pour plus d’infos, contacter Sourdmédia au 03 20 17 16 10.

Source : http://www.lavoixdunord.fr © 9 Novembre 2014

 

1 commentaire
  1. Alfred Musimba Munkuti - Nkuti dit

    Effectivement, il ne faut pas avoir honte d’ être sourd; conscient de son état, le sourd ou malentendant qui réalise ce qui le différencie des autres ( personnes entendantes) peut aisément surmonter le gêne et la frustration de se présenter en public. Il revient donc aux parents (sens large) entendant d’ éviter d’ isoler l’ enfant sourd ou malentendant lors de sa croissance en lui facilitant les contacts réguliers avec des enfants normaux de son âge. La permanence instaurée à l’ hôtel de ville de Maubeuge est à encourager : l’ exemple mérite d’ être suivi par d’ autres administrations publiques du monde.

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