Violence dans le couple de sourds-muets

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Le choc des coups avait remplacé le poids des mots, dans ce couple de sourds-muets. Elle a fini par se libérer. Il a été condamné mercredi à Amiens.

La scène a lieu le 30 mars 2012 devant la gare d’Amiens. Une femme fait de grands gestes devant une patrouille de police en maraude. Elle fait comprendre aux fonctionnaires qu’il faut la suivre dans le hall. Là, elle désigne un homme assis sur un banc. Elle mime des coups. Elle enlève et remet à plusieurs reprises son alliance. Aucun mot n’est prononcé mais tout est dit : elle est sourde-muette, lui aussi, leur mariage est un échec, il la bat, elle veut divorcer.

Une interprète
en langue des signes

L’audience du tribunal d’Amiens, mercredi matin, ne ressemblait à aucune autre. À la barre, Abdel (les prénoms sont modifiés dans le seul but de protéger la victime) s’exprime par le truchement d’une interprète en langue des signes et répond de cette manière aux questions de la présidente. Sur le banc de la partie civile, Aïcha ne perd pas de vue son beau-frère, qui lui traduit les débats dans la même langue, mais en arabe.
On comprend ce que fut sa solitude lorsqu’elle est arrivée à Amiens, en avril 2011, après des noces idylliques au Maroc, en janvier : « Il était gentil, tout allait bien, mais il a radicalement changé dès qu’on est revenu ici ». La jeune femme subit alors une double peine : isolée dans son monde du silence, exilée à des milliers de kilomètres de chez elle.
« Je suis le chef », lui répète Abdel. Surtout « je veux du calme », psalmodie-t-il, dans la vie courante comme devant le juge d’instruction et, hier, au correctionnel. « Calme, je suis calme, je voulais qu’elle soit calme » : ça revient en boucle. À la psychologue, il expliquera qu’« une bonne musulmane peut discuter un peu mais pas trop ». Mais Aïcha est vivante, elle est perdue, elle a peur. Et elle souffre… « Les coups étaient quasi-quotidiens, témoigne-t-elle. En décembre 2011, il m’a frappée au ventre. À cause de lui, j’ai perdu mon bébé ». Il y a pire : tous ces rapports sexuels non consentis pendant lesquels il lui tient les mains et refuse d’entendre les signes de dénégation de celle qui ne peut pas dire non. « Je ne savais pas qu’il pouvait y avoir viol entre époux », concède-t-il.
Cet homme « psychorigide » d’après les experts est pourtant capable d’une rare introspection : « J’ai compris que ma femme voulait de l’amour mais pas faire l’amour ».
Il a été condamné à quatre ans de prison dont un sous bracelet électronique. La procédure de divorce est en cours.

Source : http://www.courrier-picard.fr © 3 Décembre 2014 à Amiens

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