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Azra, le côté hospitalier de la langue des signes

Azra Beslagic a captivé son auditoire au CHUV.

Les professionnels de la santé du CHUV bénéficient d’une initiation à la langue des signes. Azra Beslagic est l’une des enseignantes de Breaking the Silence

Son prénom en langue des signes traduit une passion de jeunesse. En mimant le geste d’un jeté de balle, coude plié et main à la hauteur de la tête, c’est la joueuse de handball qu’on désigne. Car avant son arrivée en Suisse, il y a plus de vingt ans, Azra Beslagic se destinait à une carrière dans le sport de haut niveau. Elle habitait alors à Zagreb et avait intégré une équipe de handball professionnelle. Un exploit en soi car Azra est sourde de naissance. Aujourd’hui, elle ne court plus les compétitions mais relève de nouveaux défis. Depuis le début du mois de novembre, elle enseigne la langue des signes au CHUV. L’enthousiasme avec lequel elle a répondu à l’initiative d’une association d’étudiants en médecine de Lausanne est à la hauteur de l’intérêt suscité auprès du public visé.

Azra a opté pour un sweat-shirt orange qui tranche avec la grisaille de ce matin humide. A son contact, on oublie les premiers frimas, son abord chaleureux et jovial opérant d’emblée. Elle se souvient très bien de sa réaction lorsqu’elle a appris l’existence des cours «Breaking the Silence». «Mais c’est génial!» L’enseignante de 48 ans exulte encore en articulant ces paroles. Au cours de notre entretien, dans l’ambiance feutrée de la bibliothèque de la Fédération suisse des sourds (FSS), avenue de Provence, à Lausanne, Azra éprouvera quelquefois le besoin de s’exprimer en faisant entendre sa voix. Quand l’émotion affleure. Quand le souvenir se fait vif.

Son père cordonnier et sa mère coiffeuse sont tous deux entendants et l’ont encouragée très tôt à oraliser. Heureusement, précise-t-elle, elle a toujours eu une bonne voix. Elle perçoit aussi des sons grâce à une prothèse auditive et tente, malgré la difficulté de l’exercice, de lire sur les lèvres de son interlocuteur. Afin de faciliter nos échanges, nous bénéficions d’une «aide à la communication» en la personne de Laura Teodori, employée à la FSS.

Si le visage d’Azra irradie à l’évocation de ce projet visant à familiariser le personnel soignant à la langue des signes, c’est qu’elle mesure l’importance de l’enjeu. Le Mouvement des étudiant-e-s travaillant contre les inégalités d’accès à la santé (METIS) fait œuvre de pionnier. Le recours aux proches de patients sourds ou à des interprètes, notamment en cas d’urgence, n’étant pas toujours aisé, le besoin de former des médecins et des infirmiers s’est fait ressentir. Trente élèves, sur cent inscrits, ont été admis dans ce premier module qui dure un mois, et l’expérience sera renouvelée dès le début de l’année prochaine. Azra voit dans cet engouement un signe d’ouverture après de longues années de blocage.

Source : http://www.letemps.ch © 25 Novembre 2014 à Suisse

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