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Pour Isabelle Carré, “Marie Heurtin est une femme animée d’une foi de fer”

À l’affiche de Marie Heurtin, Isabelle Carré illumine cette histoire d’éveil et d’amour entre une religieuse et une adolescente sourde et aveugle.

Elle a 43 ans et ne s’en cache pas. Heureuse, dit-elle, de vieillir ! – « La vie, c’est le mouvement » –,« curieuse de la vieille dame » qu’elle sera un jour. Isabelle Carré, qui longtemps fut célébrée en femme-enfant diaphane, est entrée dans une maturité épanouie. Sans rien perdre de sa légèreté, jonglant avec les registres comique et grave, au cinéma comme au théâtre. Pour Marie Heurtin, elle retrouve le réalisateur Jean-Pierre Améris, son alter ego en émotivité, qui lui offre le rôle de Marguerite, une sœur qui, au XIXe siècle, va prendre en charge une jeune fille sourde et aveugle et l’ouvrir au monde en lui enseignant la langue des signes. Chaleureuse, discrètement vêtue de noir, Isabelle Carré parle de la foi, de son rôle de mère et des limites de son métier.

[…]

L’habit religieux est-il un costume comme un autre ?

Avec Jean-Pierre Améris, nous ne voulions pas faire un film religieux, mais montrer une femme animée d’une foi de fer, concrète, que partagent des non-croyants qui ont une conviction et qui retroussent leurs manches parce qu’ils sont là et qu’il faut le faire. Pour ma part, je voyais sœur Marguerite comme un électron libre. Elle se lance un défi, elle a de l’orgueil, elle se trompe, mais elle a cette confiance en autrui qui fait qu’en retour l’autre réussit quelque chose dont il ne se savait pas capable. C’est merveilleux à jouer. Et j’espère que j’en ai attrapé un petit peu et que cette foi-là reste en moi.

Et la foi religieuse ?

J’avais adoré un texte de Jon Fosse (romancier et dramaturge norvégien, Ndlr) qui figure dansMelancholia II, je crois. Le narrateur, qui n’est pas pratiquant et ne sait même pas s’il est croyant, va frapper à la porte d’un pasteur. Il s’attend à rencontrer un sage millénaire et il tombe sur une femme aux gros seins qui lui offre une bière et ne lui parle que de ses doutes ! Si tant est que j’aie la foi, c’est plus une foi comme celle-là.

Il y a un autre livre que j’aime beaucoup, c’est le Chemin de l’homme, de Martin Buber, un livre de chevet de Herman Hesse. Buber, parlant de la doctrine hassidique, dit qu’il y a autant de fois que d’hommes, que l’universalité de Dieu résulte dans la multiplicité des chemins vers lui.

Vous êtes aussi lectrice d’Etty Hillesum. Vous retrouvez-vous dans sa phrase : « La vie est pleine de sens dans son absurdité » ?

Oui. Et j’ajouterais dans son infinie complexité. J’adore mon métier de ­comédienne pour cela : nous sommes comme des spectateurs privilégiés de tout ce qui nous constitue. Et donc de nos émotions, de nos ambivalences. En même temps, il y a des personnages que je ne peux pas jouer. Une mère infanticide, on me l’a proposé, impossible ! Tout comme j’ai refusé un personnage de raciste, antisémite. Trouver l’être humain dans le monstre et réciproquement se dire que ce monstre c’est aussi nous… non ! Je touche là à mes limites. J’ai du mal à les expliquer. En fait, j’aime être heureuse sur un plateau.

En quoi votre rôle de sœur Marguerite a-t-il compté ?

J’ai été très touchée, car je venais d’accoucher de ma fille, ma première fille, et Marie Heurtinraconte l’histoire d’une éducation, d’une transmission, mais aussi l’histoire d’un attachement maternel extrêmement fort. Cette femme, sœur Marguerite, qui ne peut pas avoir d’enfant, finalement elle a une fille…

Source : http://www.lavie.fr © 12 Novembre 2014

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