La main des sourds

Jeux de mains interdits sur des jeunes sourds

Un quadragénaire déjà condamné en avril dernier pour des attouchements sur de jeunes sourds a été condamné par la cour d’assises pour des faits similaires.

Il était connu comme le loup blanc. Et pourtant…

Philippe Messager avait pu donner libre cours à ses pulsions sexuelles irrépressibles envers de jeunes garçons alors que tout le monde savait qu’il était mis en cause dans une affaire similaire.
Il avait fait un peu de détention préventive avant de ressortir. Libre, sous contrôle judiciaire, il avait repris le chemin de ses vieux démons.

De l’argent et des consoles pour agir librement

C’était entre 2010 et 2012. Trois adolescents de 14 à 17 ans avaient croisé la route du quadragénaire, sourd comme eux. Fellations, masturbations et autres visionnages de film pornographiques lui avaient valu une condamnation devant le tribunal correctionnel, en avril dernier, à deux ans de prison ferme pour agressions sexuelles et corruption de mineurs.
Philippe était reparti en détention. Cette affaire arrivait après une première que la justice n’avait pas encore jugée. Elle l’a fait durant deux jours, mercredi et hier, à huis clos, et devant la cour d’assises.
C’est la volonté d’une des parties civiles, accusant Philippe Messager de viol, de voir le procès se tenir absolument devant une cour d’assises qui a retardé la marche judiciaire. La correctionnalisation a été refusée et les affaires se sont retrouvées dans un ordre inverse à la chronologie des événements.
L’accusé devait répondre en plus d’un viol qu’il conteste, de quatre agressions sexuelles sur des garçons alors âgés de 11 à 17 ans.
Des faits survenus pour les plus anciens à la fin des années 90. Les derniers remontant à 2007. Une demi-douzaine d’autres agressions sexuelles confessées par Philippe Message lors de son audition en 2007 s’est avérée prescrite.
Les attouchements se déroulaient au domicile de l’accusé ou des jeunes garçons. Bien considéré dans la communauté sourde, Philippe était souvent invité. Parfois, les jeux de main interdits se sont produits à la faveur de voyages ou de déplacements, en Espagne et dans un parc d’attraction.
Les faveurs étaient parfois obtenues contre la promesse d’argent ou de cadeaux, comme cette console de jeux électronique offerte dans l’espoir de pouvoir commettre librement des attouchements.
Lui-même violé alors qu’il avait 12 ans, l’accusé avait aussi raconté avoir subi de multiples agressions sexuelles commises par des plus grands dans l’institution où il avait été placé par des parents entendants qui n’ont jamais voulu reconnaître sa « différence ». Détecté sourd à 2 ans, il n’avait rejoint une institution spécialisée que cinq ans plus tard. « Ça m’a mal construit », avait-il expliqué lors du procès d’avril dernier.
« Une bombe à retardement », selon son avocate, Me Blet, qui a hélas fini par exploser.
La cour d’assises l’a reconnu coupable de tous les faits. Elle a prononcé une peine de dix ans de réclusion criminelle contre Philippe Messager et dix années de suivi sociojudiciaire suivant la voie tracée dans ses réquisitions par l’avocat général.
Une fois sorti de prison, Philippe Messager aura donc durant dix ans l’interdiction de rencontrer des mineurs et de fréquenter des lieux où se trouvent des mineurs. Il devra aussi suivre des soins.
« Si vous le souhaitez, ils peuvent commencer tout de suite », annonce le président.
« Oui, je suis d’accord. »

en savoir plus

Un suivi rapproché

Le suivi sociojudiciaire particulièrement long réclamé par l’avocat général est une mesure dont l’objectif est de prévenir la récidive et de traiter les auteurs de certaines infractions en allongeant la durée du contrôle social et en obligeant les condamnés à se faire soigner sous peine d’être incarcérés. Il peut aussi prévoir la mise en place d’un contrôle électronique mobile. C’est le juge de l’application des peines qui en fixe les modalités. Si l’accusé ne suivait pas les modalités fixées, la cour d’assises a fixé à trois ans, la peine de prison qui pourrait être appliquée en plus.

Source : http://www.lanouvellerepublique.fr © 27 Juin 2014 à Poitiers

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.