La main des sourds

« Ce n’est pas parce que l’on est sourd que l’on doit être exclu! »

 

« Je suis consciencieux, volontaire, sérieux… » Philippe a toujours le sourire.

Philippe Germany est sourd profond. À 45 ans, il rêvait depuis plusieurs années de travailler, mais son handicap lui fermait les portes. Depuis le mois de décembre, sa vie a changé. Il est caissier dans un hypermarché à Cluny

Avec son airbonnaire, et son sourire jovial, Philippe sait tout de suite vous mettre à l’aise. Sa surdité, il en parle très ouvertement. « Ce n’est pas facile de vivre dans un monde d’entendant, mais nous, les sourds, devons nous battre plus que les autres pour nous faire accepter. Les sourds et les entendants devraient pourtant être au même niveau! » .
Parce que comme la plupart des personnes, Philippe aimerait bien suivre l’actualité, regarder et comprendre un journal télévisé. Très actif dans le milieu associatif, il a longtemps milité pour qu’il y ait un interprète en langue des signes pour le JT, et quelques programmes locaux.
Sa vie, Philippea décidé de la prendre en main, bien au-delà de son handicap.
« J’ai été à l’école, à l’institut national des sourds en métropole, je sais lire sur les lèves.
J’ai mon permis, ma voiture, j’ai fait beaucoup de formations pour trouver du travail : informatique… J’ai vraiment essayé plusieurs choses. Pour aller aux entretiens, j’ai fait appel à un interprète. J’ai fait énormément d’efforts… » Malgré tout, les portes des entreprises resteront longtemps fermées.
« Ce n’est pas facile de vivre sans salaire, de se sentir inutile dans la société. Dans ma famille, je suis l’aîné. J’ai deux frères qui sont avocats, et moi, j’étais là, sans travail » .
Un sentiment d’exclusion que vivent de nombreux sourds chez nous.
Loin de se laisser abattre, Philippe enchaîne les « petits boulots » , mais n’est pas satisfait.
Inscrit à Cap Emploi, il guette chaque jour sa boîte aux lettres, espérant recevoir une proposition d’embauche.
« Ils m’ont proposé une formation en alternance pour préparer le CAP employé de commerce multi-spécialités. L’idée d’apprendre et de travailler en même temps m’a beaucoup plu » . Une formation dispensée par l’Association Sourds, Entendants, Recherche, Action, Communication (SERAC) Antilles-Guyane qui oeuvre depuis plus de quinze ans pour l’emploi des personnes sourdes.
Et c’est à Carrefour Cluny que Philippe a décroché son emploi de caissier depuis le mois de décembre. « J’ai rencontré la directrice des ressources humaines, j’ai eu un entretien avec elle et cela s’est très bien passé. Je suis le seul sourd de l’entreprise, mais j’ai ma place. Je suis consciencieux, volontaire, sérieux
PHILIPPE VEUT DÉCROCHER UN CDI
Les débuts ont été un peu difficiles pour lui, mais rapidement, il a su gagner en autonomie et s’est s’épanoui à son poste.
« J’ai commencé avec uniquement le paiement par carte bancaire, et puis maintenant les espèces. Je n’encaisse pas les chèques, avec ma responsable, on a vu que ce serait trop compliqué. J’aime beaucoup le contact avec les clients, et le métier. Je connais chaque produit en rayon. Cela me permet de faire travailler mon cerveau, d’intégrer des données, et d’être actif » .
Certains clients ne remarquent même pas la surdité de Philippe.
D’autres, attirés par la pancarte indiquant son handicap, sont surpris, plus attentionnés et bienveillants. Julie Misat, la responsable de caisse du magasin est satisfaite du travail fourni par Philippe. « C’était difficile au début car c’était nouveau pour nous. Nous avons suivi une formation en langue des signes avec le Serac, et depuis nous arrivons à communiquer avec lui. » Philippe veut maintenant décrocher un CDI de caissier. « Ce n’est pas parce que l’on est sourd que l’on doit être exclu! » . Et il n’a pas l’intention de se laisser mettre de côté!
Il compte sur sa grande motivation pour se faire remarquer, « tirer le monde des signes vers le haut » .
Traduction en langue des signes : Marc Donteville, référent Serac en Martinique.
SERAC, une association aux côtés des entreprises
L’Association Sourds, Entendants, Recherche, Action, Communication (SERAC) Antilles-Guyane qui existe depuis plus de 15 ans en Guadeloupe est installée depuis un an et demi à l’immeuble Marsan à Fort-de-France. Son rôle, lutter pour l’intégration des sourds, malentendants, et travailleurs handicapés dans la vie sociale, culturelle et professionnelle. Avec son pôle formation, elle propose depuis la rentrée la préparation au CAP employé de commerce multi-spécialités, en alternance. « En Martinique, 17% des personnes sont touchées par le handicap. Trois quarts des personnes handicapées sont inactives. L’insertion professionnelle des personnes handicapées est particulièrement difficile. Dans leurs activités quotidiennes, les personnes en situation de handicap sont majoritairement assistées par un de leurs proches. Malgré l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés, les entreprises ne pensent pas à faire le pas. Les chefs d’entreprises ont une certaine appréhension, mais nous sommes là pour les accompagner » , explique Sandra Dupuis, la directrice de Serac.
www.serac-gp.com

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