La main des sourds

Surdité chez l’enfant : faut-il opérer ?

Obligatoire depuis avril 2012, le dépistage gratuit de la surdité à la maternité doit – théoriquement – être proposé à chaque nouveau-né. De quoi relancer le débat sur la prise en charge et l’éducation des enfants sourds.

Un enfant sur 1 000 naît chaque année en France avec une déficience auditive. Les médecins rappellent l’importance d’une prise en charge précoce, mais des associations dénoncent une surmédicalisation, au détriment de l’éducation en langue des signes française.

Juqu’à la mise en place toute récente du dépistage néonatal systématique, les surdités sévères à profondes n’étaient souvent détectées qu’entre 16 et 18 mois, ce qui cause des retards de communication.

Lorsque le diagnostic est posé, parents et enfant sont pris en charge par une équipe : médecin ORL, orthophoniste, psychologues et professionnels sourds.

Les parents entrent alors dans un processus de décision difficile, qui doit aboutir à un projet de communication pour leur enfant :

français oral, notamment via un implant cochléaire, qui permettra une certaine récupération auditive ;
langue des signes ;
projet mixte.

Posé tôt, l’implant est plus efficace

Les médecins mettent une priorité sur l’oral pour les familles d’entendants car c’est leur choix et que l’âge est un critère déterminant au succès de l’implant.

Entre 12 et 18 mois, les aires cérébrales d’acquisition du langage sont particulièrement sensibles. Après 5 ans, on va vers un échec, car le cerveau n’est plus capable de traiter ces informations.

L’implant n’offre pas une audition parfaite, mais il peut permettre une bonne acquisition du langage oral, et une scolarisation classique. L’enfant entend tous les sons, mais de façon plus grossière, déformée et moins forte.

Les résultats sont très variables. En dehors de l’âge, ils dépendent de plusieurs critères, comme le fait d’avoir déjà entendu ou non. La rééducation orthophonique a aussi un rôle important.

Le programme est long et contraignant : généralement trois séances par semaine pendant plusieurs années.

Accepter la différence

La question semble se poser différemment si les parents sont sourds, et ont été élevés dans la langue des signes, ou s’ils sont entendants.

90 % des parents sont dans le second cas, et il est parfois difficile pour eux de renoncer à communiquer dans leur langue maternelle.

Les associations, comme la Fédération nationale des sourds de France, déplorent l’aspect systématique du dépistage qui montre la surdité comme une maladie et met une pression sur les parents en faveur de l’implant. Pour elles, celui-ci ne doit pas être présenté comme une solution privilégiée, alors qu’il est possible de bien s’intégrer dans la société avec la langue des signes.

Il ne faut pas considérer les sourds comme des individus avec des oreilles qui ne fonctionnent pas. Ce sont des gens avec une langue et un point de vue différent sur le monde.

La langue des signes importante dans la construction de l’enfant

Pour certains spécialistes, la langue des signes joue un rôle très important dans la construction identitaire d’un enfant sourd. C’est la langue dans laquelle il sera le plus à l’aise pour évoluer et se structurer, au-delà de sa fonction de communication.

La langue des signes est celle qui paraîtra la plus naturelle à l’enfant sourd. Même s’ils parlent bien, les petits sourds ne maîtrisent pas parfaitement la langue orale. Ils y sont entrés de manière artifcielle. À l’âge adulte, la langue des signes est celle du lien social, qui permet la rencontre d’autres, semblables à soi.

Différents moyens de communiquer

La plupart des spécialistes s’accordent sur le fait qu’un enfant sourd sera d’autant plus heureux qu’il a un maximum de moyens de communication à sa disposition.

Il existe ainsi des programmes bilingues qui permettent à l’enfant, implanté ou non, d’apprendre en parallèle le français et la langue des signes.

Dr Benoît Drion, coordinateur du réseau Sourds et Santé du Nord-Pas-de-CalaisDr Natalie Loundon, Chirurgien ORL à l’hôpital Armand Trousseau (Paris)

Source : http://www.santemagazine.fr © 4 Juin 2014

7 commentaires
  1. Sylvie dit

    Dr Benoît Drion est l’ami des sourds contrairement à Dr Henri-claude Chouard est l’ennemi des sourds…

    Dr Benoît Drion a écrit des articles intérèssants que tous parents d’enfant sourd entendants doivent les lire,cet homme est dans la réalité de la vie des sourds…il a écrit La traversée du miroir,Le syndrome de l’enfant-calque (qui touche la majorité des enfants implantés ou des enfants soumis à l’ultra-oralisme),Le glissement de la calque…c’est très intérèssant!.Il est très humain ce médecin,dommage que ce soit rare!.

    Sourdialement

    1. jj dit

      Bonjour

      Le Dr Drion écrit sur son site qu’implanter un enfant est un crime contre l’humanité.

      Le Dr Drion s’expose à des plaintes au pénal pour ce genre d’insultes.

      Je ne comprends pas qu’on le traite ” d’ami des sourds”.

      Pour le reste je ne lis pas la suite du débat que je connais trop bien

      JJ

  2. TROYANO ANDRES dit

    Délicate décision L’implant cochléare permet d’entendre des bruits qui peuvent lui prévenir des approches d’un danger, voitures entendre la sonnerie d’un réveil les pas des gens etc Mais c’est inutile pour l’apprentissage de la parole. A mon humble avis l’implant doit être réservé pour les sourds qui on autres handicaps réliée à sa surdité comme les malvoyants, retard mental etc alors il vaut mieux d’être implanté.

    1. Félicie dit

      Pour Troyano Andres,
      Est-ce qu’on oblige de réparer un implant cochléaire aux sourds de naissance en cas de la solution dangereuse?
      Nous, les sourds profondeurs de naissance, ne portons pas l’implant cochléaire. Nous avons un double meilleur visuel. Nos yeux sont considérés comme remplacer les oreilles pour entendre. Nous sommes habitudes de faire d’attention les voitures depuis les années. Pour les enfants sourds non-implant, il faut de leur apprendre ou leur expliquer sur le piétions et sur les voitures. Vous avez écrit toute à l’heure que entendre un réveil mais nous avons un réveil spécial.
      Voilà Dr Drion semble avoir raison qu’on n’est pas obligé de réparer aux sourds pour entendre.
      Certains sourds étant un autre handicapé ont peut-être besoin d’un appareil auditif. Mon amie est sourde et légère handicapée visuelle, elle n’a pas besoin de percevoir des sons. Elle m’a dit s’elle deviendrait aveugle, elle apprendrait l’écriture “braille” et la canne ou un chien pour pouvoir marcher seule.
      Cordialement!

  3. Troyano Andres dit

    Merci de votre intervention Félicie. Vous avez raison pour les sourd profond (comme moi) Ce que vous disiez est vrai je n’ai pas besoin d’être implanté
    je sens par vibration si quelque voiture ou quelqu’un s’approche je suis habitué a me réveiller a des heures fixes merci a l’habitude de mon corps Même si je suis sourd de naissance malgré mes 76 ans j’ai encore une bonne vision. Mais voyez vous mon épouse ; sourde très malvoyante (Usher)
    Elle est implantée depuis dix ans et elle est heureuse du résultat dans son cas: Surdité + autre handicap, l’implant cochléaire fut une réussite.

    1. Sylvie dit

      Bonjour Troyano,

      L’implantation cochléaire doit être exceptionnel et pas banale…pour votre épouse,je comprends mieux,c’est sa canne blanche sonore…pourtant je connais une personne avec qui j’étais au collège(43 ans maintenant),atteint de syndrome d’usher,très malvoyant se déplace à la canne blanche est contre l’implant cochléaire…

      À mon travail,les enfants Usher sont bi-implantés,ça reste des cas exceptionnels ,en général,les personnes sourdes ont un seul implant cochléaire.

      Certains adultes sourds qui deviennent sourds profonds adultes après des années de surdité moyenne à sévère font le choix de se faire implanter,assument pleinement leur choix mais sont tous contre l’implantation massive chez les enfants.

      Je conseille très souvent aux parents d’enfant Usher d’avoir très tôt un chien,ça permet de faciliter la transition entre un simple sourd d’un sourd-aveugle comme votre épouse,un chien normal d’un chien spécial sourd-aveugle ainsi que les jeux tactiles ou ofalcatifs et pourquoi pas l’apprentissage de la braille anticipée ,ce qui leur permettra de mieux accepter la surdi-cécité progressive soit à l’adolescence soit à l’âge adulte,et que la LSF doit être obligatoire dans ces cas-là,lire sur les lèvres avec un champ de vision réduit est difficile,il est plus facile de passer à la LSF Visuelle à la LSF Tactile que l’oralisme à la LSF Tactile.

      D’où la loi 2005 n’est pas une bonne loi,c’est trop flou et permet aux parents de faire un choix qui n’est pas le bon pour l’enfant sourd puisque inadapté.Il faut des points plus précis,surdité légère à sévère,surdité sévère à profonde,surdité unilatéral,cas Usher et surdité avec handicaps associés,ce sont des cas complètement différents.

      Sourdialement,Sylvie ,sourde profonde au naturel.

  4. TROYANO ANDRES dit

    Merci Sylvia. Vous écrivez beaucoup des choses sensées. La parole est au législateur pour éclairci, détailler, faire la part des choses. Les imprécisions appliqué aux cas personnel de cette loi qui datera bientôt presque dix années. Ne pas oublier qu’une loi donne des droits mais aussi des devoirs. Comme vous dite (écrivez) C’est les droits de la personne humaine ( handicapé ou pas) qui prime son application. Merci.

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