Toulouse capitale des sourds

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Dans les années 1980, elle fut la première ville en France à initier des classes en langue des signes française. Trente ans plus tard, Toulouse reste pilote pour les malentendants.

Elle en a fait sa capitale. Depuis la fin des années 1980, la ville de Toulouse occupe une place à part pour la communauté sourde. L’ouverture des premières classes «pirate» en langue des signes a agi comme un aimant pour beaucoup de parents, sourds eux-mêmes, qui avaient vécu l’interdiction de la langue des signes – abrogée en 1977 – et qui souhaitaient pour leurs enfants un autre parcours que les établissements spécialisés. Bien avant la loi du 11 février 2005 qui a reconnu la langue des signes française comme une «langue à part entière» et la loi Fabius de 1991 encourageant la LSF dans l’Education nationale, Toulouse a été à l’avant-garde. Un poste qu’elle occupe toujours puisqu’elle demeure l’une des rares villes en France à proposer une scolarité complète en langue des signes, de la maternelle au lycée, assurée par des enseignants signants ou des interprètes. Chaque année, entre 60 et 100 élèves intègrent cette filière bilingue à Ramonville et au lycée Bellevue, qui attire des familles venues des quatre coins de l’Hexagone.

Un projet de crèche bilingue

Toujours à la pointe dans le domaine de l’accessibilité de la population sourde, Toulouse pourrait aussi bientôt être la seule ville française à abriter une crèche «bilingue» pour les enfants sourds et entendants. Porté par l’association Palabres, ce projet de structure multi-accueil, dotée de 30 places, a d’ores et déjà obtenu le soutien de la Caisse d’allocations familiales de Haute-Garonne. Seul le lieu reste en suspens. Des discussions sont en cours avec les villes de Toulouse et Balma.
La Ville rose rayonne aussi sur le plan culturel. Jef’s, comédien sourd et formateur en LSF, est à l’origine de l’association Act’s qui œuvre pour l’accessibilité du public sourd à la culture théâtrale et qui porte notamment la biennale Sign’ô. La prochaine édition de ce festival dédié à la découverte des arts en langue des signes est programmée du 30 mai au 1er juin au Centre Culturel des Mazades.
Dans le paysage national, la Scop toulousaine Interprétis qui depuis 1999 propose un service d’interprétariat en langue des signes française, fait aussi figure d’exemple. «Traduction de cours en direct, inauguration d’expo, mariage, baptême, bar-mitsva, réunion interne chez Airbus, visite médicale, nous intervenons dans toutes les situations. J’ai fait des traductions il y a quinze ans pour des étudiants qui aujourd’hui travaillent dans les entreprises de la région», explique Richard Puyo, gérant d’Interprétis.
La Scop qui affiche un chiffre d’affaires d’1,2 million, est passée depuis sa création de 5 à 30 interprètes jusqu’à devenir le plus gros pôle français d’interprétariat en LSF.

L’accessibilité, le marché de Websourd

Berceau du militantisme en faveur de la langue des signes, Toulouse a aussi fait entrer la communauté sourde dans la réalité économique. Connue dans la France entière pour ses services de visio-interprétariat en langue des signes à distance, la société coopérative d’intérêt collectif Websourd qui a équipé une vingtaine de caisses d’allocations familiales en France, le musée du Quai Branly ou encore la Médiathèque de Toulouse, révolutionne la vie des sourds depuis 2004 en favorisant leur intégration via les nouvelles technologies et la LSF. Avec son équipe, composée d’une trentaine de salariés dont la moitié est sourde, elle fait aussi vivre un portail d’information bilingue à destination des 500.000 personnes pratiquant la LSF en France et www.jobsourd.fr, le premier site pour l’emploi des sourds. «Websourd n’aurait pas pu naître ailleurs. Sa création est intimement liée au dynamisme de la ville et de sa communauté sourde. Toulouse a quinze ans d’avance sur d’autres grandes métropoles françaises. Ici les sourds font partie de la cité, ils ont un travail, peuvent se projeter et se construire», témoigne Jean-François Goudenove, le Pdg de Websourd. Pour financer sa montée en puissance et «rassurer» les investisseurs que l’écosystème coopératif rend parfois méfiants, Websourd a récemment adopté un modèle économique hybride en créant deux SAS dédiées à ses activités avatars et communication à distance, tout en gardant sa gouvernance coopérative. Elle espère ainsi lever entre 3 et 4 millions d’euros auprès de partenaires privés.

Test au cinéma

Le 24 avril, le cinéma Gaumont Wilson va tester un nouveau dispositif pour malentendants appareillés. Cette aide technique baptisée Twavox est une application mobile gratuite. L’écoute se fait par un casque ou un collier magnétique individuel et la transmission se fait en wifi entre un boîtier connecté sur le serveur du cinéma et le mobile du malentendant. Pour participer, les volontaires devront disposer d’un accessoire d’écoute à prise jack 3,5mm pour smartphone et d’un smarphone ou tablette compatible avec l’application Twavox.

Source : http://www.ladepeche.fr © 21 Avril 2014 à Toulouse

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