La main des sourds

Interprète de la langue visuelle

Quelqu’un peut être traducteur du chinois au russe, ou du danois à l’espagnol. Michel Robert donne aussi dans la traduction: celle du son au geste.

Né de parents malentendants (sourds et muets), l’avenir de Michel Robert a commencé à se dessiner alors qu’il était en bas âge. Et ce, à son insu.

Le premier langage qui a animé son quotidien était gestuel plutôt que vocal. Aujourd’hui professeur du langage des signes, il se rappelle que tout était à faire à cette époque.

«Il n’existait absolument rien dans le domaine de l’interprétation pour les sourds. Les enfants entendants de parents sourds devaient aider ceux-ci. Souvent, on avait des responsabilités beaucoup plus jeune que la majorité des gens, parce que c’est nous qui faisions la communication entre les sourds et les entendants. Ainsi, les enfants sont amenés à traduire toutes sortes de choses du monde des adultes. Et j’ai grandi comme ça.»

Ce faisant, un enfant vivant dans un tel contexte mûrit plus rapidement que les autres de son âge. «À l’âge de sept ans, il a fallu que j’aille au poste de police avec mon père afin de traduire pour un sourd qui était illettré. Ç’a commencé comme ça», donne-t-il en exemple. «J’ai toujours été la référence pour bien des sourds, et par la force des choses, c’est devenu naturel», ajoute-t-il. Puis un groupe de parents d’enfants malentendants l’ont approché pour leur enseigner le langage des signes. Depuis, tout s’est enchaîné. «Ça n’a jamais arrêté depuis ce temps-là.»

Aujourd’hui, à l’instar d’une douzaine d’autres personnes à la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, M. Robert accompagne un adolescent malentendant dans ses cours de tous les jours au niveau secondaire. «Je fais l’année scolaire avec lui. J’ai le même horaire qu’un élève, sauf que je suis plus vieux», sourit-il. «Je traduis tout ce qui est sonore dans une classe», enchaîne-t-il.

Ainsi, outre le professeur, M. Robert est le seul autre adulte dans la classe. Et comme le prof, il fait face à la classe pour que son élève voit sa gestuelle. De son propre aveu, l’étudiant a de bons résultats. «Il est très concentré. Il y a beaucoup d’interaction. Le jeune participe au même titre que les autres dans la classe. Ça dépend de chaque individu. Il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre. Mais une personne qui a la volonté d’apprendre, c’est stimulant.»

Outre ses «journées d’école», notre Tête d’affiche offre ses services d’aide à la communication (cours de langage des signes) les soirs et les fins de semaine. C’est une forme de dépannage qui touche les besoins ou les situations auxquelles peut être confronté un sourd.

M. Robert collabore également au Service régional des interprètes pour l’est du Québec. Il dispense des cours de LSQ (Langue des signes québécoise).

«On l’enseigne avec des méthodes d’entendants à des sourds, ce qui est un peu plus difficile pour eux. On entend des sons et on enseigne des sons à un sourd qui ne les entend pas, qui les perçoit très peu ou qui les entend différemment. Et ce, sans savoir ce que lui comprend du son. C’est assez complexe. Et c’est différent pour chaque personne.»

Malgré la complexité de l’univers dans lequel vit M. Robert, il y a des situations cocasses, inusitées. Exemple: accompagner un malentendant à une pièce de théâtre. Et comme il fait dans une classe, le traducteur est dos à la scène pour faire face à son interlocuteur. «Je lui traduis la pièce, il m’arrive de rire, même si je ne la vois pas», rigole-t-il.

Ça fait déjà plusieurs décennies que M. Robert enseigne la langue des signes. Si bien du chemin a été parcouru depuis les premiers cours qu’il a donnés, il reste beaucoup à faire dans ce genre de communication.

«Il s’agit de démystifier un peu le monde de la surdité, le langage: aller chercher la base pour être capable de communiquer. Parce qu’il faut assurer une relève.»

Source : http://www.lapresse.ca © 14 Avril 2014 à Canada

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