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Ces autres cadors du ballon rond

Le club de football des sourds et malentendants (CSSR) a remporté récemment ses deux premiers titres nationaux. Rencontre avec des joueurs qui veulent « casser les murs ».

Les joueurs du CSSR à l’entraînement. «Impossibilité de communiquer dans l’urgence. »

On peut guider l’aveugle et voir à sa place, conduire un paralysé et marcher à sa place mais on ne peut pas entendre à la place d’un sourd : converser avec des sourds a ceci d’étrange que l’interlocuteur entendant se retrouve lui-même handicapé par rapport à la parole en présence. Pour évoquer ce rapport perturbé au monde, les sourds et malentendants du club sportif des sourds de Reims (CSSR), via le langage des signes, usent volontiers d’images fortes : « On aimerait bien casser les murs », explique Julien Manceaux, sourd de naissance ; « la barrière du langage, on s’y heurte sans cesse » , souligne Omar Diaby, malentendant depuis l’âge de 5 ans. A propos de ce handicap social, Valérie Nikitovic, membre du CSSR convertie en interprète lors d’un récent rendez-vous organisé dans les locaux du club, résume à son tour : « Beaucoup de gens ont encore tendance à croire que les sourds ne peuvent pas faire plein de choses mais c’est complètement faux. »
L’an dernier, le CSSR, au moment de fêter ses 80 ans d’existence, a vécu ses plus belles heures : le 18 mai, ses footballeurs ont d’abord remporté la Coupe de France, venant à bout de leurs homologues de Marseille (3-2). Avant, le 16 novembre, de vaincre Lyon (1-0) lors de la finale du Trophée des champions, match opposant traditionnellement le vainqueur de la Coupe à celui du championnat. Aujourd’hui, les deux coupes trônent fièrement sur la vitrine du club-house rémois.
Sur le plan des récompenses individuelles, le CSSR était également mis à l’honneur : Julien Manceaux, sélectionné en équipe nationale, raflait le trophée du meilleur joueur de ce championnat dépendant de la fédération française handisport. Enfin, quatre de ses équipiers, dont son frère, étaient retenus en équipe de France espoirs. Autant de succès qui donnent à tous « joie et fierté ». « Ces deux titres, c’est comme une bombe ! Ça donne envie de rattraper le temps perdu», sourit Julien Manceaux. Surtout, ces victoires, célébrées à la mairie et devant le public du stade Delaune, ont été une occasion en or de ne pas être perçus sous le prisme exclusif et si encombrant de la déficience auditive.
« Un petit monde »
Si le CSSR a par le passé donné la possibilité aux sourds et malentendants de pratiquer le badminton, le bowling ou encore la pétanque, il a parfois connu des périodes de mises en sommeil forcées, manque de licenciés oblige. Preuve de ces difficultés récurrentes, les membres de cette section football, relancée en 2007 et également en lice dans le championnat national de futsal, vivent en région parisienne, ne se déplaçant que pour les matchs. « C’est dur de trouver des nouveaux licenciés, reconnaît Valérie Nikitovic. La plupart de nos joueurs se sont connus plus ou moins dans les écoles spécialisées. Les sourds, c’est quand même un petit monde. » Faute de possibilités, la plupart ont déjà joué, voire jouent encore, dans des clubs « d’entendants ». En France, il existe 24 clubs de foot sourd et environ 800 licenciés.
Le football réservé aux sourds a quelques spécificités : lors des rencontres, les appareils auditifs sont interdits par souci d’égalité ; lorsqu’il doit intervenir, l’arbitre agite un foulard, etc. « Entraîner des sourds, c’est dur à cause de l’impossibilité de communiquer dans l’urgence. Cinq minutes après une action, ça ne sert à rien de replacer un joueur ! », confie Nebojsa Nikitovic, le coach de l’équipe. « Sur le terrain, il y a tout de même une inégalité avec les entendants », reconnaît Omar Diaby, prenant l’exemple des rencontres amicales régulières qui opposent le CSSR à La Neuvillette, club qui prête depuis deux ans ses terrains au CSSR. « Parfois, on se mélange entre sourds et entendants, et c’est super », convient Omar. « Pour tout le monde !» complète d’un sourire Julien Manceaux.
Prochain match de championnat : réception de Nancy, samedi 1er février,
à 15 heures, au stade des Eglantines.

Source : http://www.lunion.presse.fr © 30 Janvier 2014 à Reims

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