A 23 ans, Thumette est sourde et danse sur scène

Thumette Léon, jeune femme sourde, danse et signe, tandis qu’Olivia Le Divelec (à gauche) conte et joue

Ce jour-là, Thumette Léon, 23 ans, répète seule, dans une grande salle sous les toits, à Rennes. La sono portable, posée à même le plancher, diffuse une mélodie de Norah Jones, les basses poussées à fond. Car Thumette est une danseuse particulière. Elle est sourde.

Elle comprend ce qu’on lui dit, en mêlant lecture des lèvres et les sons transmis par son implant d’un côté et son appareil auditif de l’autre. Mais elle perçoit autant la musique par les vibrations que par ce qu’elle entend. « Surtout que depuis quelques jours. J’ai un acouphène qui me bourdonne dans la tête ! »

Un désagrément qui n’empêche pas cette jeune femme originaire de Quimper d’être à fond sur la préparation d’un nouveau spectacle, créé cette semaine. Peau de bête(s) est une adaptation de Peau d’âne, où Olivia Le Divelec conte et joue l’histoire alors que Thumette danse et traduit le propos en langue des signes. Maxime Bouhours, dessinateur, sourd lui aussi, intervient sur les murs et le sol de la scène.

Peau de bêtes(s) est une création de Dix doigts compagnie, spécialisée dans des créations bilingues entre français et langue des signes française (LSF). L’équipe a été réunie par Olivia Le Divelec, elle aussi mère d’une jeune sourde. Elle propose des contes, des poèmes, des albums jeunesse, des spectacles qui s’adressent à tous, entendants ou pas. « Sauf aux aveugles », précise avec humour Thumette.

Différentes manières d’être sourd

Elle, la danse l’a attirée toute jeune, en CM2. Avec l’évidence qu’elle pouvait, là, s’exprimer avec son corps. Et dire des choses qu’elle ne pouvait pas formuler avec des mots. « J’ai d’abord été tenté par le hip-hop mais, je venais d’avoir mon implant, avec sa partie fragile accrochée à l’oreille. Alors ce fut la danse contemporaine d’expression africaine, à 12 ans. » Ah, cet implant ! Cette oreille électronique qui lui a enfin permis de percevoir certaines fréquences aigües. « Quelle découverte : le son de l’eau qui coule, de la mer ou des oiseaux! »

Cette question de l’implant cochléaire, elle en témoigne dans la prochaine édition de L’oeil et la main sur France 5, la seule émission bilingue régulière de la télé. « Pour savoir s’il faut ou non mettre un implant à un enfant, l’important c’est d’être à son écoute. A-t-il envie d’avoir cet appareil qui va lui permettre d’entendre, donc de parler ? Est-il motivé ? Peut-être que la langue des signes lui suffit. Il y a différentes manières d’être sourd. »

Mieux aux États-Unis

« Pour les sourds, en France, l’accessibilité n’est pas assez avancée, poursuit la jeune femme. C’est beaucoup mieux aux États-Unis où les services pour transformer la langue des signes en paroles, pour prendre un rendez-vous au téléphone, sont très répandus. Autre point négatif chez nous : de nombreux programmes télé ne sont pas encore sous-titrés, notamment beaucoup de reportages ».

En attendant, Thumette poursuit son parcours de formation de danseuse professionnelle à travers des stages, des rencontres, de Bruxelles à Lyon en passant par le Burkina-Fasso ou Rennes. Ou, comme ces deux semaines qu’elle va bientôt passer à l’International visual théâtre d’Emmanuelle Laborit à Paris. « C’est la première fois que je vais danser avec des sourds ! » L’aventure artistique continue.

Spectacle à Rennes les 3 et 4 avril

10doigtscompagnie.jimdo.com

Source : http://www.jactiv.ouest-france.fr © 27 Janvier 2014 à Rennes

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