La main des sourds

Côtes d’Armor. Des agriculteurs sourds qui se font bien entendre…

Les journalistes de Ouest-France dans les Côtes d’Armor ont réalisé une série consacrée aux faits qui les ont marqué en 2013 dans le département. Au printemps, nous avions rencontré Laurent et Magali Guérin, agriculteurs à Plénée-Jugon. Leur surdité n’est pas un handicap mais le moteur qui épice leur quotidien.

Des rencontres dont on se souvient longtemps, il y en a quelques-unes dans nos journées débordantes d’échanges. Ce jour de mars, il s’est passé quelque chose chez Laurent et Magali Guérin, agriculteurs à Plénée-Jugon. Ces deux quadras dépassent avec talent la surdité, dont ils sont atteints depuis leur enfance.

Ce reportage s’est invité par hasard dans notre agenda. Il y avait d’abord eu ce bel article écrit par notre correspondant local relatant la venue d’une équipe d’une émission télé pour raconter leur quotidien atypique, rythmé par les SMS envoyés au vétérinaire, à l’inséminateur, au technicien agricole…

Ce sujet, fort, mérite de remonter à un niveau supérieur. Cette histoire est trop belle pour rester cantonnée à la rubrique locale. Et si on faisait partager cette aventure à nos lecteurs de la dernière page d’Ouest-France ? Immédiatement, l’idée fait l’unanimité. Mon collègue photographe, Marc Ollivier, m’accompagne à ce rendez-vous.

Dès notre arrivée, tout est simple. On « discute » autour de la table. Laurent traduit et oralise. Magali signe, évoque son expérience de quinze ans dans l’agroalimentaire avant de rejoindre son mari à la ferme en 2007. Une centaine d’hectares, 100 génisses, 80 vaches laitières, des veaux… Alors que leurs deux fillettes nous écoutent d’une oreille distraite, on entre dans leurs longues journées.

Le travail, les relations avec l’entourage professionnel et familial, « la débrouillardise » pour se faire comprendre par leur employé agricole, la vie de famille, l’importance des vacances, les difficultés rencontrées… Tour à tour, Laurent et Magali nous font découvrir les coulisses de leur exploitation. C’est naturel.

Une complicité gagnée
Le portable est leur meilleur ami pour communiquer avec le monde extérieur. Les petits messages sont « faciles », indispensables. Merci aussi Internet.

Leurs voisins sont toujours là pour leur apporter un coup de main. Une solidarité chère à Laurent. Cette famille nous ouvre ses portes, se confie avec sincérité. Des mots justes. Leur surdité les fait avancer, différemment mais brillamment.

Pour la séance photo, dans l’étable, on ressent une certaine complicité. Ils se prêtent au jeu. Prennent le temps de poser avec les vaches, sur une botte de paille, avec le chat… Les images sont belles, colorées, vivantes. Laurent nous présente une par une les bêtes de son troupeau. C’est une promenade au coeur de leur univers. Une caresse, un éclat de rire, un miaulement. La prise de vue se prolonge. Jusqu’à obtenir la « bonne » photo. Celle où on « voit » et où on « entend » leur vie. Des mains qui bougent, des sourires, leur fillette qui sautille et les vaches en toile de fond. Marc a obtenu un beau cliché. Plaisir partagé.

De mon côté, j’ai tous les éléments pour « nourrir » un bon papier. En partant, je sais déjà comment je vais titrer mon article : « À la ferme, Laurent et Magali ont défié leur surdité. » Dès le départ, on savait qu’il se passerait quelque chose ici, que l’on vivrait une belle tranche de vie, tout sauf ordinaire, sur ce petit bout de terre.

Source : http://www.entreprises.ouest-france.fr © 2 Janvier 2014 à Plénée-Jugon

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.